LIVRE DOUZIÈME
des moines laborieux chercheurs ne nous ont-ils pas montré en exemple dans leur vie? Le célèbre le Nain de Tillcmont, connaisseur si compétent, qui parcourut au
dix-so[)tième siècle les mémoires écrits par dom l>eiioît Damray, religieux de Royaumont, les mentionne plusieurs l'ois dans son grand travail sur l'époque de saint Louis : « On peut voir, dit Tillemont, une description par*» « ticulière des grands bastimens que saint Louis fit faire ^ en cette maison de Royaumont, dans les Mémoires don- « nés par le P. Dauvray, religieux de Royaumont*. »
Ailleurs, Tillemont s'appuie des écrits de dom Dauvray ; « Saint Louis, dit-il, fit bâtir dans le même monastère une « salle où IVm recevait les malades étrangers; c'est peut- « être ce que le P. Dauvray appelait la grande infirmerie, « qui se voit encore itujnnrd'hui*. » Fragilité des œuvres humaines 1 le vent des révolutions a emporté le manuscrit de dom Benoit Dauvray sans que nos bibliothèques pu* bliques, héritières des richesses intellectuelles des anciens couvents, aient pu disputer à la tempête de 95 quelques pages du ruoine historiographe de Royaumont au dixseptième siècle'. Le nom de dom Dauvray est articulé dans le Cartnlaire de Royaumatity mais le produit de ses pénibles veilles, dans lesquelles les nouveaux venus de l'àbbaye aimaient à relire les annales de celte fondation de saint Louis, a totalement disparu.
Il est un travail littéraire de Royaumont, qui a eu un retentissement spécial dans les familles, depuis la fin du dix-septième siècle jusqu'à nos jours ; la Bible de RoyaU" moiit^ parut ^ i694, et a été, depuis lors, très-répandue. Ia Iiesoiu auquel ce livre populaire venait répondre, est connu. JN'était-il pas dans i intérêt des familles cliré-
< Vie de saint iom, par Tillemont, 1. 1, p. 492.
* Ibid., t. 1, p. m.
^ Nous n'avons rien trouvé de dom Dauvray aux ttiunusciils de la Bibliottiéque impériale de la rue AichcUeu.
m BISI01R6 i)£ ROYAUNOk.
lionnes d'avoir une série de tableaux représerilanl les principaux faits de l'Ancien et du Nouveau Testament? 11 y a en nous une voix que rien ne fart taire, une curiosité quant au passé et à Tavenir de l'huroaailé, qu'il faut satisfaire ; il faut qu*on nous dise ce qui a été et ce qui doit être entre le ciel et la terre; il faut qu'étant enfanf s, on nous raconte les rapports anciens et nouveaux de l'homme avec Dieu. La Bible de Roijaumont fut conçue et exécutée dans ce but. Qui n'a écouté, dans son enfance, avec une pieuse avidité les histoires admirables de la Création, du Paradis terrestre? Qui n*a lu, dans la^Bible de Royaumont, ces touchants épisodes extraits de la grand scène évangélique, qui charuiaicut 1 imagination plus heureusement que les contes des fées et surtout que les histoires morales qu'on nous faisait lire? Le caractère distinctif de la Bible de Royaumont, c'est qu'elle était illustrée.On peut critiquer les graviiK s des différentes édition^; il yen avait d'absurdes ou de ridicules ; on a vu des Bibles de Royaumont où Abraham et Melchisédech avaient les costumes et les poses des personnages du Gonxalve de Cordotue de Florian ^ En soi, tels étaient le but et lesprit de cette publication. Les jeunes enfants, iprès les avoir vus et lus dans la Lilde de Royaumont, retrouvaient et suivaient de nouveau les faits bibliques et les faits évangéliques sur les vitraui des églises, dans les dyptiques conservés dans les maisons, ou dans qqelque gros livre, relique dé la famille, qu'on regardait avec respect etdont la pi r^encti i appelait durant toute la vie d'un homme la joie et les émotions de son enfance
* Les familles qui ont conservé quelques-unes des anciennes éditions de cetoum^, le considin cnt encore comme un (résor, malgré les i^|nvcliS8
que l'on peut adresser ;i l'écrivain et au Jessinateiir. M. do Lamartine raconte que la vue de ces ^'ravurcs d'une Bible de Royaiunorit, avec les explications et Icscorameutaires poétiques de sa mère, lui inspirèrent, dès la plus tendre enfance, des goûts et des inclinations bibliques.
* K^. M. Léon Aubineau, sur Biblia êacra taàuliê Wuttralë, ab Mio Schnorr. — Paris, Scbulgen et Schwan.
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