LIVRE DOUZIÈME. m
des abbesses que la naissance reiuiait ses égales, mais que \ l'âge et l'expérience devaient mettre aurdeseus d'elle, menaient souvent lui demaoder son avis, qu'elles s'empressaient de suivre. Elle eut une véritable réputation de
sagesse adiniiiishative et do foVce de tète. Une des plus illustres dames d'Angleterre, la comtesse de Soudask de la maison d llamilton, passant en France pour abjurer Tanglicanisme, vint, attirée par la seule réputation de la princesse de Lorraine, la prier de se charger du soin de rinstruire et de Paffermir dans son pieux dessein. Telle était la noble et pieuse visiteuse de Royaumont en 1668 : femme de grand mérite, elle était en même temps une religieuse exemplaire, une personne d'esprit, de littérature, et, chose remarquable, trés-versée dans la connaissance des saintes Écritures. C'est là qu'elle avait puisé, ainsi que dans les saints Pères, ces sentiments si erands, si saints, si édifiants, dont ses exhortations, ses chapitres, ses conversations mêmes furent depuis toujours remplies. Son individualité n'avait pas manqué dl'étonner le cloître ; c'est pourquoi sa tante, qui savait apprécier ses mérites excr|ili(iiinols, avait pensé ne rien pouvoir mifiix faire en faveur du monastère que de nicUre madame d'Uarcourt en état de lui succéder ^
La princesse Armande^Henriette faisait, même sous le voile, une grande figure. En elle revivaient les hautes qualités des princesses Ilildegarde et Giselie, qui, des le septième et le huitième siècles, avaient illustré Tabbaye royale de Notre-Dame de Soissons. On revoyait en elle une autre Béatrix de Martinmont, abbesse du treizième siècle,
* A la mort, de madame d'Elbeuf, la princesse lit ellf^-înêine la lettrecirculaire qu'on envoya à cet eflet aux abltayes associées. Lile ensevelit sa tante de sqs propres mains; et tous les corps de la y'tWe de Soissons, au nombre de plus de vingt-deux, étant venus lui faire leurs oompliments, A l'occasion de son r i ovation au gouvernement, on admira son esprit dans la manière étonnante dont elle répondit à tous. On remarqua qu'elle répondit différeraraent à chaque discours, et en i-appurL a ce qui venait de lui êtfe dit, atec un à-propos plân de charme et de sens.
m HISTOIRE DE ROYAUMONT.
qui s'étail distinguée au inonastLic de boissons parla culture des belles-lettres. Madame Ânnande-Henrielte possédait une insfruclion approfondie et variée. Elle avait appris, comme moyen instrumental qui devait lui ouvrir
les trésors de rantiquité savante, In langue latine, et un écrivain du dix-scptiéiiic siccle* ajoute qu'elle apprit cette langue morte et scientiiique « avec une iaciiité qu ou ne pouvait assez admirer. » Elle égala, dans le talent de gouverner , Mathilde de Toulouse , les abbesses de Cherisy, de Chatillon, les princesses Catherine de Bourbon, Louise de Lorraine d^Aumale et Henriette de Lorraine d'Eibeuf, toutes femmes distinguées qui l'avaient précédée dans la même maison comme abbesses, aux quatorzième, quinzième, seizième et dix-septième siècles.
Pierre Migrnard peignit la jeune abbesse, et, à en juger par une gravure de Trouvain, ou dut remarquer à Uoyaumont, sur cette physiououuc de religieuse, ia noblesse de la princesse et le calme serein de la bénédictine. L'abl)esse a de grands yeux dans ce portrait de Mignard ; la jeune princesse avait-elle de bonne heure dévisagé et mesuré tous les immenses riens de notre vie épliémère, pour les dépasser et voler à d'autres réalités? Elle garde, dans ia toile de Fillustre peintre, cette juste fierté d'une chrétienne qui suspend, comme les filles de Sion, sa harpe aux saules de Babylone, et refuse de chanter ses cantiques au banquet des joies terrestres. Et cette fierté est tempérée par une délicate expression de douceur, nuance qui caractérisait, d'après un contemporain, rinclinatioa à faire le bien, naturelle à la maison de Lorraine. On avait changé en 'partie l'habit de saint Benoit au treizième siècle, et au lieu des robes et scapulaires noirs, les religieuses avaient pris des cottes blauchcs avec des pelliçons de toile presque semblables à ceux des chanoinesses^
* Dom Michel Germain.
> L'babit des bénédictines éUit entièrement noir, dans les premiers