‹ Histoire de RoyaumontChapitre 82 sur 263 · LIVRE DOUZIÈME. m · texte numérisé non relu

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d'Allemagne, dont la Ltn raine faisait autrefois partie ; le tout est en mai bre blanc ; les ailes de la Victoire forment . le fond du côté oppose.

Tel est le mausolée dont l'église de Royaumont fut enrichie à la fin du dix-septième siècle, et que l'on peut admirer encore de nos jours. Ce lut un Irgilime sujet de spiritualiste fierté pour Tabbaye de posséder un monument) qu'il faut proclamer d^un grand goût et d'une exécution remarquable. Celui qui Tétudie attentivement^ acquiert la conviction quMl était difficile de disposer une composition de sculpture d'une manière plus observée et plus logique. Le ciseau de Coysevox qui procède du style et de la tradition de la Renaisssance française, s'est montré gracieux et élevé dans ce mausolée de Royaumont. La sûreté et la finesse des contours, Pélégance des formes et surtout cette morbidesse cbaruiante, signe caractéristique des œuvres de Coysevox, font de ces deux ligures de marbre blanc, et surtout de celle de la Gloire ou de la Victoire, chef-d'œuvre de grâce, un des morceaux les plus saillants que nous ayons de ce sculpteur. La statue de la Victoire du mausolée de Royaumont rappelle la statue de laduciiessede Uourgogne, œuvre également élégante etspiritueUe du môme artiste, qui se voit au musée du Louvre.

Lorsque le mausolée fut placé à Tabbaye, la satisfaction du comte d'Armagnac était grande*. Lui qui aimait à vivre au milieu du plus grand niunde, « qui ne se mêla jamais « de rien à la cour, dit Saint-Simon, que de ce qui regar- « dait sa maison, dont il fut toujours trcs-sensiblement « oi^cupé; » combien ne paraissait-il pas fier de ce monument funèbre, qui rehaussait la pompe de sa famille, en rappelant le traité de Moulinai lie de KiO'J, et en perpétuant le souvenir des exploits du cbef de sa race ? La

* Le coinle d Arnjuiînac ne vit pus longtemps le mausolée aclievé; puis- <{u'oii lisait au-dessus du sarcophage, sur un cfwiflsiiii oes leUres : Antoine Cojftetmt F. 11 H.

vanité des vivants se mêlait donc peut-être à leur insu à

ce luyte de la mort, et à travers la gloire de l'art M. d'Arinaf:rnac pouvait retrouver la fjloire de sa maison ; Coyse- Yox ne serait que le comparse illustre et inconscient d'une comédie de l'amour-propre; et la pièce se jouerait avec une naïveté relative sur une scène de piété filiale. Ne vit-on pas le comte d'Armagnac pousser le besoin et l*artde régner jusqu'à réduire a tous les ministres, et les plus audacieux, les Seignelay, les Louvois et tous leurs successeurs, à solaire un mérite d'aller chez lui, et au- . devant de tout ce qui lui pouvait plaire, et qu'il recevait avec les façons de supériorité polie comme ce qui lui était du. » On dit même qu'il sut ployer les princes du sang à la même considération pour lui, et à une sorte d'égalité de maintien avec eux chez lui-même. On ajoute que les cadets de sa maison tirant leurs prétentions de leur naissance et dans Pintérêt qu'ils avaient de rehausser leur aîné, osèrent vouloir l'élever « jusqu'en compétence (concurrence) de M. le duc de Chartres K »

Ce qui est sûr, c'est que l'attitude ambiguë et le mystère des sentiments politiques de Louis XIV, pendant de longues années, pouvaient , laisser croire que le traité de Montmartre de 16ti2 n'avait été rompu , ni par le traité de Vincennes, ni par celui de Marsal \ II est vrai que, dès 1662, la noblesse de France avait jeté les hauts cris. Le duc de Vendôme avait présenté une requête, par laquelle il suppliait le roi de considérer que Henri IV avait envoyé une déclaration au Parlement, portant qu'il mar- cherait immédiatement après les princes du sang; que, conformément à cette déclaration, Sa Majesté avait bien voulu lui donner ce rang dans la cérémonie de l'Ordre du Saint-Esprit, le duc espérait que Sa Majesté accorderait la

* Mémoires de Saini-Simon, t. II, p. 48.

- Il y rut, sinon des traités, du moins des pourparlers diplomatiques, à Vincennes et, le l*' septembre ltit»3, à Marsal.

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même grâce à ses enfants, qui du côté de leur mère

avaient ce droit, étant fille d'Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, la }nellr tievait précéder toute la maison de * Guise et celle du marquis de Mouy, qui n'étaient que des puînés. U sup[iliait enfin Sa Majesté de lui permettre, ainsi qu'à^ses enfants, de former leur opposition et de défendre leurs droits dans les règles de la justice ordinaire.

Le prince de Courteuay et ses enfants tirent les mêmes protestations. Ët les ducs et pairs réknontrèrent dans un placet, que la grâce que le Roi accordait aux princes lorrains blessait la première dignité dn royaume. On pouvait prouver, par des exemples, que les princes du sang et les rois mômes des autres royaumes avaient été précédés par les pairs, aux sacres des rois, aux assemblées du Parlement et dans les autres cérémonies. C'est pourquoi les grands seigneurs espéraient que Sa Majesté ne souffrirait pas que sous son règne ils éprouvassent quelque diminution dans leurs privilèges et dans leur rang. Mais, nonobstant ce flot de remontrances et de représentations, les (f Armagnac avaient vu Louis XIV passer outre et se rendre au palais, le T! février i662, suivi de quatre mille hommes, poui faire enregistrer au Pai lement la déclararation contenant les clauses et les condiiiuns sous les- «luelles Charles IV lui avait abandonné la propriété des duchés de Lorraine et de Baf. lis avaient vu le Parlement exécuter, sans hésiter, la volonté royale, après que Pavocat général Talon eut réfuté, par l'aulorilé de son éloquence cl par ses lumières de juriscoiisiiilc, les objections qu'on avait soulevées. Talon proclamait qu'il n'y avait aucun doute pour l'honneur que le roi prétendait accorder aux princes Lorrains de les réputer du sang de France ; c'était, selon Talon, un droit qu'on n'avait jamais contesté à une tète couronnée, et que Louis XIV avait éniinenimenl.

Uue d'incidents et de péripéties ne s'était-il pas inler-

calé entre les années 1662 et 1670 ? On avait pu croire en plusieurs circonstances, que Louis XIY avait renoncé tadtemmt au traité de Montmartre ; les affaires survenues

après la paix d'Aix-la-Chapelle, en 1606, les prétextes dont s'cinjiarnit le roi pour déclarer la guerre à Charles IV, le rôle du duc de Lorraine quand se formç la ligue de 1668, entre FAngleterre, la Suéde et la Hollande, la prise des places de Lorraine par les vingt-cinq mille hommes de rarniée du maréchal de Créqui, et le pillage du palais du duc à Nancy, la mort de Charles IV Im-mème, en 1675, tout semblait avoir mis en pièces ce fameux traité de Montmartre, fondement contesté de la prééminence des Lorrains installés en France. Les d'Armagnac-Lorraine furent-ils pressés d'enfoncer les obscurités qui s amassaient autour de leur droit? Étaient-ils éblouis de la prérogative d'être considérés comme princes du sang, et d'être préférés, en cette qualité, à lous les princes souverains étrangers? Voulurent-ils, à cet égard, s'affirmer à Royaumonl, eu gravant leurs titres sur le marbre d'une tombe? Il n'est pas contre l'histoue de le soutenir; ils ne remarquaient pas qu'ils souscrivaient par là, eux-mêmes, à l'extinction de leur propre maison. Mais, au point de vue du droit, jamais, dans les négociations postérieures au traité (le 1662, Louis \}V n'avait donné que de prétendues assurances veibules^ relatives à la succession; et s'il avait laissé entendre qu'il renonçait à cette succession , et aui conditions qui y étaient annexées, jamais aucun acte explicite et authentique n'avait ratifié une pareille renonda'* tion. Le roi s'était même refusé, au traité de Marsal, de stipuler par un article formel qu'il renonçât à la succession des États; les ministres qui traitèrent eu son nom, dirent que les rois ne cassaient jamais, par des actes publics, les traités qu'ils avaient signés. Bien plus, après la mort du duc de Lorraine en 1675, tandis qu'il ne s'était trouvé aucun État ni aucun prince dans toute l'Europe,

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