LIVRE DOUZIÈME
père de l'Oratoire; et la personnalité du comte d'Harcourt
est presque toujours au premier plan, dans cette correspondance qui embrasse une période de six à sept ans, de 1056 à 1642. 11 en résulte clairement, que le comte d'Harcourt était un personnage nécessaire dans les affaires de ce temps*.
L'es circonstances sont Irop souvent plus fortes que les liommes, et, en dépit de leur bon vouloir, il s élève des nu£iges. D'Ëscoubleau de Sourdis aurait donné de Timpatience à un ange. Au moment de la guerre navale de Provence> le cardinal de Richelieu crut devoir écrire au comte d'Harcourt une lettre pour s'assurer de l'entente si importante de ce général avec le pél niant et difficile abbé de Royaumont, parce qu'il y allait de rhonneur de la France et des intérêts du roi. Le cardinal de Richelieu lui mandait : « Le siéur Faret va vous trouver, pour vous « représenter les raisons qui vousiloivent convier à vivre « en bonne intelligence avec M. l'archevêque de Bordeaux, « duquel je ne puis, en aucune tàçon, abandonner les « interests ; il y va du service du roy, de vostre honneur « et de mon contentement particulier. Ces considérations « me font croire que vous vous porterez , cette occa- « sion, à ce que Sa Majesté attend de vous, à ce que vous « devez à vous niesmCf et à ce que j'en espère certaine- « ment. J'escris au sieur de Rordeaux à ce qu'il y corres- « ponde de sa part» ainsi que vous le pouvez désirer. Je « me promets qu'il ne manquera pas d'apporter tout ce « qui dépendra de luy à une si bonne lin ,* qui sera « sans doute très-avantageuse aux affairés du roy, et' « glorieuse à Tun et à l'autre, au .lieu que la continuacc tion de k froideur qui a esté entre vous par le passé, « produiroit des effets du tout contraires *. n C'est qu'une
* Vint' lai Correspondance de Benri ^Eecoubieau de Sowdii, publiée PII 1855, par Eugène Sue.
Uitret de Itichelieu, lettre uaxii. Paris, 1G96, in-18, t. Il, p. 09,
5U ' HISTOIRE DE ROYAUHONT.
complication était née, d'ailleurs indépendante de la to-
lonlé du comte d'Harcourt.
Avant la bnllaiile affaire de Casai, d'Harcourt éerivail, le 17 avril lëéO, une lettre à M. de Sourdis, où Ton sent que d'Harcourt ne faisait pas de la contradiction par syslème^; il lui donnait de longs détails sur les affaires d'Italie. C'était tout à fait une lettre de soldat. Il avait appri<5qnc les Espa^rnols assiégeaient Casai : mais il luaude au prélat qu'il va s'opposer à ce que les Espagnols prennent la citadelle. Je veux « employer, dit-il, tout ce que « j ai de bien, de yie et d'industrie, pour la conservation « de cette place, séchant que d'icelle dépend tout le bien « des affaires du roi en Italie. » Il conjure le prélat de répondre à ses avances pour conserver entre eux la bonne intelligence ; il Tentretient d'une sortie faite sur les ennemis, où, d'après M. de la Tour, « on à tué tout ce qui « se trouvait dans trois logemenls, sur la colline; et la « cavalerie, voulant venir au secours, a été repoussée a battant Jusque dans leurs quartiers. » Aussi les g^s compétents voyaient de suite les puissantes ressources de cette riche et firanche nature.
On aurait pu, pendant les dernières et solitaires années du comte d'IIai tM iurt, placer au frontispice de la résidence abbatiale de Rojaumont, prés du parterre et des pièces d'eau, les vers qui se lisaient au bas de la superbe statue de Cohdé, à Chantilly :
Lo^ fleuves effrayés dans les champs du carnage ' Cédaient à ce vainqueur leur onde et leur rivage; Leurs jeux dans ces jardins mk hantent nos regards/ Kt [d'Harcourt] n'aime ici que la paix et les arts*.
* Quem modo pallebant fugitivis flttctibus amoes
Terribilem bello. niim- tlocta per ntia princeps Pacis amans, lictos dat in buitis ludere fonles.
n y avait une différence pourtant : d'JIarcourl n'avait pas la faculté de dé* penser, à Royaumont, les sommes foUes que Condé employa pour faire de