LIVRE DOliElÈME
La guerre de Trente ans, cette grande époque de rtîistoire moderne* avait été le théâtre des premiers exploits, le champ d'activité des jeunes années du comte d'Harcourt; Royaumont avait été aussi è*oasis de ses derniers moments, de ses années suprêmes; Téglise de l'alibaye devint, après sa inori, son temple de la gloire. On disait, vers le milieu du dix-septième siècle, que l'Italie avait donné les plus beaux endroits de ses galeries aux lesdiguiére et aux Toiras*, inaîs <{u'elle avait réservé son cœur au comte d'Harcourt, devenu populaire au delà des nioiUs. Avant que le dix-septième siècle ne fut complètement écoulé, l'abbaye de Royaumont se vantait, à bon droit, d'avoir donné à d'ilarcourt cette immortalité des grands hommes, qui s'écrit en bronze et en marbre^ Et, à cet égard, peut-être la France n*a-t-elle pas la mémoire assez longue? Nous semblons avoir un peu oiiliiic ou du moins avoir perdu l'enlhonsiasme qu'excitaient les fails d'armes du comte d'Harcourt, parmi ses contemporains. Le combat de la route de Quiers passait, au dix-septiéme siècle, pour un prodige; car enfin d'Harcourt, n'ayant que trois mille fantassins et quinze cents chevaux , avait été attaqué à Quiers par deux armées, 1 une de neut mille itoanues, et
Chantilly le pendant de Versailles. D'après madame de Sévigné, Condé fit plus de dëpâiseB à la réception de Louis XIV, en 4871 , qu'on n'en a jamais fait pour aucun Eoipereur. Désormeaux fait monter la fête à 200,000 livres
(000,000 francs environ, monnnie actuelle.)
' Commencée en ltil8, avant Riehplien, la q-iiorre doTrentPans termina, fn 1648, par le célèbre traité de VVeslphuiie. Cette guerre, où la France intervint par Richelieu, a séparé les sociétés européennes de la féodalité et commencé une èro nouvelle. D*lIarcourt figura dans cette guerre avant Tiirenne et Condé. Du traitô de Westphalic date le système de l'équilibre t'iiiopcen, qui a duré jusqu à nos jours, mais que la nouvelle politique des nationalités et des grandes agglomérations par langues et races semble devoir remplacer.
* Le maréchal de Toiras était un sujet fidèle et un vaillant capitaine, que la haine de Richelieu avait réduit à s'imposer un exil volontaire; mais, voulant servir, du moins indirectement sa patrie, il s'était attaché au duc de Savoie, marié à Christine de France, sœur de Louis XIII, qui le consultait en tout.
l'autre de seiie mille, et il mit pourtant la dernière en déroute, et tailla en pièces la première. On estimait aussi^
au dix-septième siècle, comme des merveilles ayant peu d'exemples dans l'antiquité, Taffaire de Cazal, le siège de Turin, le siège de Coni, les dilfèrentes défaites des troupes espagnoles jusque-là réputées invincibles, la conquête entière des États de Savoie. Il est vrai que la France du dix-neuvième siècle a vu de ces victoires éblouissantes, qui, en égalant celles d'Alexandre et de César, ont fait pâlir les plus grands faits d'armes du dix-septième et du dix-huitième siècle. Cela ne dispense pas, néanmoins, la patrie de rendre justice à chacun de ses enfants, et d'apprécier leurs services, eu égard à la dîfliculté des temps où ils vécurent; et le mausolée élevé à lioyaumont fut une belle action qu'il faut interpréter au nom de la reconnaissance nationale.
C'est qu'il y eut dans le comte d'Haroout ce qui fait les grands guerriers et les grands caractères civils. Bichelieu prouva qu'il appréciait les capacités du comte d'ilarcourt, par les commandements qu'il lui ùl donner en des conjonctures graves. L'Angleterre, quoique encore à l'aurore de sa puissance maritime, n'en aspirait pas moins à la souv^aineté des mers^ et Richelieu pressentait déjà, avec son génie, Finstinct domiiiateur et envahissant fVe la Grande-Bretagne ; aussi le testament politique du cardinal nous révèle-t-il l'importance qu'il attachait à la victoire navale du comte d'Harcourt dans la mer de Provence , et la raison pour laquelle il s*ètaît adressé à la bravoure de ce général pour meiiLi cette expédition de haute confiance. « Si Votre Majesté, dit-il à Louis XI II, tt^ eût été aussi faible que vos prédécesseurs, r£spagne, « cette orgueilleuse nation, n'eût pas vu arracher de ses • a mains, par pure force, les iles Sainte-Marguerite et de « Sainl-llonoré, dont elle ne s'était rendue maîtresse que « par surprise. » Hiclielieu décrétait une idée, et il comp-