‹ Histoire de RoyaumontChapitre 96 sur 263 · UVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

UVRE TREIZIÈME

On destina le jeune François-Armand de Lorraine à la carrière ecclésiastique, et de bonne heure, la crosse, et peut-être la pourpre de cardinal, furent rêvées pour lui. Il se fit recevoir, k vingt-trois ans, docteur de Sorbonne,

en 1088; Tannée ti après, en 1689, époque de la mort (le son oncle, Mgr Alphonse de Lorraine, Armand fut désigné à sa place pour l'abbaye de Royaumont; il joignit à ces titres celui qu'avait également possédé son prédéces^ seur, c'est-à-dire de périmât de l'Église collégiale et ducale (le Nancy. ' * •

Ce n'était paspourM. et madame d'Armagnac une petite tâche, que d'avoir à pourvoir à l'établissement de leuts quatorze enfants, et dans les conditions que leur imposait leur situation en France. Leur fils ainé était le comte de Brionne, Henri de Lorraine, né le 15 novembre 1061, grand écuycr de France, en survivance de son père. A'enail ensuite trançois-Armand, notre abbé de Kojaumont, puis • le prince Camille, qui eut une position à la cour de Nancy, Il y avait encore Marie de Lorraine , qui épousa, en 1688, le prince de Monaco, duc de Valentitiois. Il est également question, dans les mémoires, d'un autre fils de M. le Grand, que Saint-Simon appelle le bailli de Lorraine, et qui fut tué chef d'escadre, à un combat naval, prés de Malaga, étant sur la flotte du comte de Toulouse, le 24 septembre 4704: Outre l'abbé de Royaumont, on comptait un in i lie abbé dans la famille, l':)bbé d'Armagnac, qui mourut en 1712, de la petite vérole, étant allé voir sa sœur à Monaco. Il avait trente ans, de bonnes inceurs, deux grosses abbayes en attendant mieux, et M. le Grand coiHptalt qu'il aurait pour lui la nomination du Portugal au cbapoau \

Celle taiiulie des Lorraine-d'Harcourt, qui s'inféoda en t^artie à Tabbaye de Royaumontf et qui joua un rùie en

* Ménoîreê de SakU-^inm, édît. in-iS, ËacbeUe, t. VI, p. S45.

m HISTOIRE DË'ROYAUMONT.

France, depuis le dix-seplième siècle, n'avait pas toujours des chemins de rose, et bien des excentricités, survenues dans plusieurs de ses membres, lui suscitèrent plus d'une fois de ces ennuis et de ces chagrins qui sont la croix des hautes positions. A commencer par le chef delà famille, par le père de l'abbc actuel de Royaumonl, le comle d'Armagnac avait eu, dans sa vie, assez de diilicultés à vaincre, malgré que, d'après Saint*Simon,le grand écuyer ait été Tenfant gâté de LouisXlV. On trouve, dans les derniers papiers et'dans les lettres inédites de /a Palatine, quelques aventures grotesque^ de ce comle d'Armagnac, de ce célèbre M. le Giaiid. La princesse Palatine (duchesse d'Orléans), écrivait de Sainl-Germain, le 28 octobre 1679 : « Il y a six jours, M, le Grand s'est pris de querelle avec le duc de Grammont. Ce dernier, ayant mis son poing sous le nez de l'autre, M. le Grand lui appliqua un soufflet si vio- • lent, (|iril lui enlevR sa perruque. Par bonheur, ils n'avaient d armes ni l'un ni l'autre, car on avait fait une course à cheval, et, pour suivre leurs chevaux, ils avaient déposé leurs épées. Leurs ainis se sont interposés et ont empêché Paffaire d'aller plus loin ; mais comme M. le dauphin se trouvait dans le champ où elle avait eu lieu, le roi les a envoyés à la Bastille où ils ne sont restés que vingt-quatre heures. Le chevalier de Lorraine a failli être victime de cette querelle; il était venu se placer entre son frère et le duc de Grammont; Fécuyer de ce dernier le prit par derrière pour M. le Grand et voulut le percer de son épée; mais le chevalier s'élant retourné, il s'aperçut de sa méprise et s'enfuit à toutes jambes; le chevalier le poursuivit et lui fit une balafre à la ligure; c'est le seul sang qui ait coulé dans cette bataille*. »

M. et madame d'Armagnac eurent des soucis à l'cn-

*■ La princesse ayait écrit, suivant la prononciation allemande, la Pn&tte. ^ Uttres nouvelles et inédites de la princeae Palati»e, par A.-A. Rolland. In-iS, p. 22.

LiVU]*; ÏRElZiÈMË. 557

droit de leur lils aîné , de Louis d'Armagnac, qui était un vérilnhle débauché. IMusieurs ((Mines seifïnenrs do son âge lirent un jour une orgie ensemble ; le prince de ïurenne, fils ainè du duc de Bouillon, s'était échauffé dans une alîaîre qui regardait le marquis de Villequier, fils ainé du duc d'Aumont. Le roi lui fît mauvaise mine décela, et prit son temps pour lui faire une jnercnrialc. En qualité de grand chambellan de France, en survivance de son père, le jeune de Turenne, remplissant sa fonction auprès de Louis XIV, toucha de la frange qu'il avait à ses gants, le visage du roi. Louis XHf partit d'un mouvement de colère et lui dit que, « sans la considération de son père et de « son oncle, il le rendrait si petit gentilhomme, qu'il y c en aurait mille en France qui le vaudraient bien. » Ce fut une grande mortification pour ce jeune seigneur, il voulut s'excuser, mais le roi lui ayant tourné le dos, il l'ut obligé d'aller chercher ailleurs de la consolation, et ne la clierclia que dans la débauche de concert avec le jeune Henri de Lorraine, comte de Brionne, fils ainé du comte d'Armagnac (vers 1685), et avec quelques autres seigneurs de son âge. Comme ils avaient, dit un contemporain, le diable au corps, ils vouluienl fumer, après des libations remarquables par leur abondance, non pas pour le plaisir qu'ils y prenaient, mais parce qu'ils savaient que cela déplaisait au roi. Us furent, de là*, conduire des courti* sanes masquées, dans le bal, et se livrer à des folies. Le roi eu ayant été iutbrnié, l'uu devine combien il lïiodbia i^on estime pour eux. Néanmoins, disent les mémoires, comme il aimait M. le Grand, c'est-à-dire le comte d'Armagnac, père du jeune comte de Brionne, il lui dit qu'il veillât un peii mieux à la conduite de son 61s ; qu'il serait lâché puur 1 aiiiuur de lui, qu'il continuât dans ses débauches. Mais, quoi que pût faire M. le Grand, c'était vouloir s'opposer au coure de la rivière, que de prétendre le retenir : sa famille n'eut, de ce côté, qu'à dévorer son chagrin. . II. SS

558 IIISTOlUK IlOYAlIMU.M.

Quant à Fabbé de Roy au mont, François-Armand de Lorraine, avait-îl suivi, avec attention, la polémique du

jausénismc, depuis son origine jusqu'au commencement du dix-huilièuie siècle? Avail-il été sêduil par le caractère d'austcrilc qui distinguait la nouvelle secte ? Ce no serait pas impossible : les phénomènes les plus étranges se voient dans notre nature bizarre. Les précédents de Mgr François-Armand de Lorraine, les allures de sa jeunesse, ne fêlaient pas supposer un lioninie rigide et un pnrilain. Cela arrive pourtant. Tel, fort relâché de conduite, se complaît aux doctrines farouches. Les Jansénistes étaient les fanatiques du temps, pendant que les jésuites en étaient les hommes tolérants. II est vrai que le jansénisme présentait un autre aspect, qui pourrait fournir une explication du parti adopté par François-Anna nd de Lorraine. Les idées jansénistes contenaient une sorte d'indépendance vis-à-vis de Rome. Le jansénisme était une restriction française de la papauté, et reproduisait, sous une forme spéciale, une autre déclaration de 1682. Ne serait-ce pas ce qui attaclia Mgr de Lorraine au parti janséniste? N'avait-il aucun secret ressentiment contre Rome? Mais Fabbaye de Royaumont ne pouvait le suivre sur ce terrain.

Il s'est élevé de notre temps une école historique qu'on a appelé fataliste. Si 1 on y regardait de bien prés, serait-il aisé de transporter vraiment la fatalité dans Fhisloire? Incontestablement, on voit siétablir, à telles époques plutôt qu'à d'autres, certains grands courants d'idées, qui entraînent certaines préoccupations pratiques, certaines manières d'agir générales. Ne vaudrait-il pas mieux voir, dans l'histoire, une grande loi de solidan!(\ soi[ pour la nation, soit pour les individus? J)e même qu au dix-neuviéme siècle nous subissons les conséquences du dix-huitième, ainsi, au dix-huitième, on eut à recueillir les produits d*un siècle où pesèrent tour à tour Richelieu, Maza^

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