‹ Histoire de RoyaumontChapitre 97 sur 263 · LIVRE TREIZIÈUE · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈUE

rin et Louis XIV. Ainsi, tout à la fois, on retrouve dans les affaires humaines, et le mystérieux gouvernement de la Providence, eLla part incontestable de la solidarîté nationale et privé(î des siècles envers les siècles. On juinerait qu'un homme de la race des Pontciiartrain, des Lorraine, des Fleury, se recueillant en présence du dix*huilième siècle déjà engagé, eût concentré son attention, non point sur le système de la fatalité en histoire, non point sur t;es prétendues lois irrésistibles qui promènernierit le niveau sur les faifs en écrasant à la lois les innocents el les coupabl(*.s, mais sur l'héritage que la France avait reçu de Louis XIV, de sa cour, et de la manière imprimée aux âmes par ce régne. L'esprit de foi de nos aïeux n*avait-il pas considérablement diminué en France? et à qui la laute ?

La France et la catholicité marchaient à des bouleversements. Tout un siècle allait s'agiter dans .un travail où Ton éliminerait bien des éléments du passé pour recevoir l'inconnu sur la scène. Mgr Françx)is-Armand de Lorraine pouvait-il dé^rager sa responsabilité personnelle, en disant : Mon individualité n est rien, pas môme un atome, une goutte d'eau, dans la responsabilité collective des faits de la fin de Louis XIV, de la Régence, et des débuts de Louis XV? Il ne le pouvait pas, par la raison que nul en ce ^onde, quelque liuniblc théûlrc qu'occupe son existence, ne peut renier sa part de responsabilité dans la niasse des resp<insabilités collectives de son siècle et de son pays. Tout être vivant est contagieux en bien ou en mal, parce que, quelque minime que soit sa position au bourg ou au vil* lagc, il a inévitablement une manière quelconque d'aborder la vie, (le dépenser les vinj^f-qualre heures; et cela seul prêche la bassesse ou la dignité, le mépris ou le respect, Tem portement ou la modération à l'égard de ce qui existe.

Mgr Armand de l<4)rraine participait b son insu à la fa*

340 IliSTOlUE DE KOÏAUMUNT.

luilé regrettable des dernières années du règne de madame de Maintenon. U ne s*agil point d'une sapcrslilion qui serait

fondée sur le dogme de la prédcs line lion ; mais il se produit un tail que robservalion conliriiic plus d'une lois et qui tient aux tendances actuelles de la nalure iiuniainc. Nous sommes comme jaloux de ce qui se soutient d'une manière continue el qui réussil; toute chose heureuse et prospère en ce monde a liesoin de se faire pardonner par ijciiiicoop de modestie. Le succès doit s'effacer, sinon il nous [larail de V'wsolence. En scrail-il ainsi pour ics institutions les plus utiles et les plus sacrées? Y aurait-il une secrète et mystérieuse jalousie, de la part de je ne sais quelle force inconnue, qui dirait à toute chose humaine : « PivujCz garde, ne vous glorifiez pas de votre omnipolencc, vous allez peut-être tomber ? )) Faudrait-il appliquer au catholicisme, considéré exlnnsèquement, cette croyance populaire qui suspend la menace d'un prochain malheur sur celui qui est présentement trop heureux ^ ? Est-ce que sous Louis XIV, le personnel du catholicisme s'était enivré de sa prospeiiLc^ do sa puissance? Et pour avoir prorluit, Lossuet, Fénelon, et tant d'autres génies, est-ce qu'on en concluait qu'on avait le droit de s'assoupir dans le relâchement dés mœurs, dans les indolences et les subtilités d'une vie niaise et mondaine? La révocation de Tédit de Nantes semblait avoir attribué une prépondérance exclusive aux catholiques. Tirait-on vanité de cet acte d'ostracisme pratiqué envers les* protestants?.

* On sait qu'on se défie d'une [>rospérité trop constante et qu'ons'aUeiidà un changement. Une superstition oui est spéciale ù (-erlaîns paysant» écossais, presque tous calvinistes, n'est autre chose qn un dérivé de l'idée «ju'on ne doit p;«s s'enorffUciUir du succès cl de la prospûrilé. Les paysans écossais croient, par exemple, qu'un grand mallieur menace l'homme qui assistant à une danse et s'y mêlant, se livre à une manière trop violente de sauter, et s'abandonne à ce: te bnijraiite gaieté, espèce de folie, dont les accès enivrent et cntmincut I hounnc en .dél it de lui-nième. On est alors, selon leiu expression, feu, inippé de fatalité, sur le point d'être accablé par quelque évcnemeut terrible.

Page 1