PIERRE ALEXIÉVITCH, DIT LE GRAND
«0* aiBOVE. — (De I6S9 à 1725.)
Pierre F', dès le commencement de son règne, montra des dispositions bellîquenses.
C'était àLefort, Genevois, officier distingué, qa*il devait les premières leçons de Tàrt militaire : principes quMl mit en pratique avec les jeunes seigneurs qu'on avait placés près de lui pour Famuser : il travestit ses compagnons de plaisir en soldats vêtus à Tallemande , et les divisa par bandes commandées par des officiers étrangers. Pour donner Vexeraple , il voulut passer dans sa troupe par tous les grades militaires, et commença par celui de tambour. « !l vécut de sa paie, dît Tauteur de la rie de Pierre-le-Grandy coucha dans une tente de tambours à la suite de sa compagnie, et fût ensuite élevé au grade de sergent, puis à celui de lieutenant. » Le nombre de cette milice
s'ëtaBt accru 9 il en forma 'dès (690 , deux non* reaux régimens qu'il attadia spécialemeiit à fta personne, proiuiblement eu haine àeà strelUsi, dont il {vojetait dès lors la mine. L^uti de ces régimens prit le nom de Préobrajenski, et l'antre, cdni de Sëmënowski.
En veillant sur le matériel de Târmée, Pierre songea à se former une marine. Sa flotte, créée soos ses yeux par les soins dlngénieurs et de marins étrangers, entra par le Don (1696) dans la mer Noire, et s'empara d'Azow, TÎIIe conToitée depuis long-temps parla Russie, et qui de* yait lui servir de rempart contre les Turcs.
Pierre cependant comparait Tétat des arts et de l'industrie de son pays arec celui des autres contrées de TEurope. Sentant, sons ce rapport, toute rinfériorité de la Russie, il résolut de changer l'esprit , les mœurs et les idées de son peuple. Afin d'y mieux réussir , Pierre voulut aller lui-même étudier les arts et les lois des différentes uations d'Europe (1697). Après avoir parcouru l'Allemagne , il passa en Hollande, et se rendit i Amsterdam et ensuite à Saardam , village à deux lieues de là, où, confondu parmi les ouvriers, il étudia la construction desTais* seaux. Toujours assidu au travail , le tsar de* vint bientôt un des plus habiles ouvriers et un des meilleurs pilotes. De la Hollande , Pierre passa eu Angleterre, où il vécut comme à Saardam, s'iostruisaot de tout et recrutant des ou-
Triers, des artistes de loat genre , poar accomplir les travaux qall projetait en Russie.
, Cependant une sédition violente , excitée par lesstreltsi, et fomentée, dit-on, par la princesse Sophie, le contraignit de hâter son retour. Les tortures et les supplices firent raison des révoltés. Le tzar, furieux-dans sa vengeance^ se chargea lui-même de Tofflce de bourreau, et coupa la tête k un grand nombre de criminels.
« Au lieu d'un billot, dit un écrivain , pour Texéeution de ceux qui devaient avoir la tète coupée, on employa une longue poutre, sur laquelle on obligeait plusieurs des criminels à la fois de présenter leurs cous. Un d'entre eux , voyant que les autres couvraient entièrement la poutre, les écarte en disant : Eloignez-^ûus , et faites-moi place. Le tzar, fh-appé de ce trait de fermeté ou d'insensibilité, suspend la hache et lui fait grâce. » La plupart des* streltsi fu'' rent, décimés et envoyés en Sibérie, et leur corps fut entièrement cassé.
Le tzar, délivré d'une milice inquiétante , se livra aux réformes quil méditait. Il établit d'abord l'ordre de Saint-André pour répandre l'émulation parmi ses gentilshommes. Les' Russes commençaient l'année au mois de septembre; il déclara qu'à l'avenir oa daterait du mois de janvier (1700) (1). Une affaire plus^ importante
- fi) En 1700 /Pierre supprima la digaitt^ patriarcale , qui donnait au cbef de i'^gliae de Rusiie le premier rang
Toccapait, c'était la guerre q,a'il Tenait de déclarer à la Suède et à son jeune roi, Tintrépide Charles XII. Après de nombreux revers: « Je sais bien, disait-il à ses généraux découragés , que les Suédois nous battront longrtemps , raais ils finiront par nous apprendre à les battre à notre tour. Nul prince en effet , ne sut mieux réparer ses pertes et en tirer avantage : la défaite d'un de ses généraux était immédiatement suivie d'une victoire signalée, qu'il remportait étant lui-même à la tête de ses troupes... Forcé par suite de périlleuses entreprises , à faire des propositions de paix au roi de Suède , celui-ci avait répondu avec hauteur et mépris : Je traiterai à Moscou. — Mon frère Charles y reprit Pierre , veut faire V Alexandre ; mais il ne trouvera pas en moi un Darius. »
Ses espérances se réalisèrent. Charles XII s'étant imprudemment engagé dans les steppes de rukraine, Pierre remporta sur lui, près de
après le tsar, ef lui ménageait une influence dangereuse dans les affaires du gouvernement. Il transféra Tatitorité du patriarche ii un eoUég9 de quinse personnes , appela le très^eùnt synode , et charge' de prendre connaissanee des aflTaires eccWsiastiqnes , et généralement de toutes celles qui avaient i\.i de la compe'tence du pa^arche. Les membres de ce collège , obligés de prêter serment entre les mains du souverain , devaient être nommés par lui , sur la présentation du trës> saint synode.
(KoGH, t. IJ,page 73.) ^
PaUawa, ane Tictoire signalée (1709), à la suite de laquelle une grande partie deTarmée suédoise resta prisonnière.
Pierre profita de réloignement et de la défaite de son ennemi : il acheya de conquérir FIngrie , la Livonie, la Finlande et une partie delà Poméranie suédoise, et jeta les fondemens de la Tille de Pétersbourg.
Cependant les Turcs, chez qui le téméraire et le malheureux roi de Suéde s'était réfugié, excités par ce prince, et plus encore parleur intérêt personnel, avaient rompu la trèye faite avec la Russie. Le tzar marcha contre eux; mais ayant eu le malheur de se laisser enfermer par leur armée sur les bords du Pruth, il allait être pris, lorsqu'au milieu de la consternation générale de son armée, la célèbre Catherine, son épouse, entama une négociation avec Tennemi, et parrint k lui faire abandonner sa proie. En mémoire de cet événement, Pierre institua Tordre de Sainte-Catherine, exclusivement réservé aox femmes.
La tranquilité étant rétablie dans ses états, le tiar songea à recommencer ses voyages (1715). Il s'arrêta quelque temps à Copenhague, passa à Hambourg, en Hanovre , puis en Hollande où il parut , non plus sous le costume d*un simple ouvrier , mais avec toute la pompe et l'éclat de son rang. Reçu en France avec l'empressement et l'intérêt que devait exciter
VuTiJée d'un prince aussi extraordinaire^ Pierre y Tit la politesse, Taménité, la douceur de mœurs qui distinguaient alors la nation française, et n'en conserya pas moins la rudesse et la Tiolence de son caractère.
Son retour en Russie fut en effet si^alé par l'acte le plus cruel , et Ton peut dire le plus injuste (1718). Le prince Alexis, son fils , élevé dans les anciennes idées russes» n'approuvait pas des innovations conçues à l'étranger, et qui devaient blesser les susceptibilités nationales. Pierre, étranger aux douces affections de la paternité, fit décréter son ils d'accusation au premier cbef , lui fit faire son procès , et exigea des juges la condamnation de son fils. Le lendemain de l'arrêt de mort, Alexis fut trouf é étranglé dans sa prison. On a dit qu'il avait succombé à une attaque d'apoplexie. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'après l'enterrement du malheureux Alexis , tous ceux qui lui étaient restés fidèles ou attachés périrent dans les supplices (1).
Ce prince avait épousé, le iâ octobre 1711 ,
(i) A la «uite de ce tragique tf?^oemeat, Pi«ne publia l'ukase (ordonnance) «{ui attribuait «a prince ré^ gnant la faculté de désigner son successeur, et d'en changer même la nomination toutes les fois qu'il le jugerait nécessaire. Cette di^osition devint funeste k la Russie. (KoCH, 1. 11,^ page 76.)
Gharlotte-Christine- Sophie de Wolfenbutel, morte eo 1715 du chagrin, dit-on, que lui causaient les mépris injustes de son époux :
de cette union étaient nés Pierre , qui régna plus tard, et Natalie, morte en 1728.
(1721.) Quelque'temps après cet assassinat juridique , Pierre conclut une paix glorieuse avec la Suède , par laquelle on lui céda la liTonie , rEsthonie,PIngermanie, la Garélie et Wibourg. Les états de Russie lui déférèrent alors les titres de grand et de père de la patrie et celui d'empereur de toutes les Russies, Le reste de la ▼ie de Pierre>le-Grand ne fut qu'une suite de ses desseins : cependant il voyait sa santé épuisée. Tourmenté par une rétention d'urine qui Ibi causait des douleurs aiguës, il fut emporté lé 28 janvier 1725, à Tâge de cinquante-trois ans.
Nous n'avons pu donner qu'une idée du règne et du caractère de Pierre I". Ses grands travaux-, ses entreprises gigantesques , ses erreurs • et. BCA fautes demanderaient plusieurs volumes: nous nous sommes bornés aux principaux faits. Voltaire, qui n'a pas craint, dans son histoire de Russie, de faire de ce prince un héros et un législateur qu'il compare aux plus beaux génies de l'antiquité , à Lycurgue et A Solon , s'exprime ainsi, à son sujet, dans un autre ouvrage.
« De la brutalité dans ses plaisirs, de la féa rocitédans ses mœurs, de la barbarie dans
« ses vengeances, se mêlaient à ses vertus.
« Il a de ses propres mains été Texécuteur de « ses sentences sur des criminels , et dans une « débauche de table il a fait voir son adresse « à couper des têtes.... Les routes furent cou- « vertes des membres rompus des amis de son « fils. En un mot, si la Mosoovie fut civilisée , «c il faut avouer que cette politesse lui a coûté « cher. »
Pierre laissa trois princesses : Anne > fiancée au duc de Holstein ; Elisabeth , qui régna dans la suite; et Natalie, enfant de six ans, qui mourut quelques jours après son père.
CATHERINE !'•, ALEXIÉVNA.
61* B£GNB. — (De 1725 À 1727.)
Catherine et Menschikoff avaient si bien pris leurs mesures , qu'ils s*em parèrent des rênes du gouvernement aussitôt que Fempereur eut fermé les yeux. Catherine, jadis fille orpheline, sauvée des flammes au siège de Marienbourg en 1762, avait été élevée par charité, puis mariée à un soldat suédois. Devenue la favorite de Menschikoff, elle passa des bras de celui-ci sur le trône de Russie, où Tavait appelée Tamour de Pierre-le-Grand. A la mort de Tempereur , Pheureux Menschikoff, k qui Catherine devait tant , fut chargé de la haute direction, et le gouvernement intérieur ne
perêit rien de sa force. Les commencemens de ce règne forent en outre remarquables par la aoomissîon de la Géorgie, dont le prince se donna à Tempire de Russie.
La princesse Anne, fille atnée de Pierre et de Catherine, reçut pour' époux le duc de Holstein. Ce mariage dut naturellement causer beaucoup d^inquiétude au Danemarck , Fimpératrice laissant ainsi deviner son projet de rétablir ce prince ; mais Catherine ne vécut pas assez pour accomplir ce dessein^
Quelque temps après son ayénement au trône, elle tomba dans un état de langueur qu'elle aggrava, disent plusieurs écriTains, par un usage excessif de Tin de Tokai et de liqueurs fortes. Elle mourut le 17 mai 1727, à l'âge de trente-huit ans.
Pour prévenir les conséquence» de la funesteloi de Pierre-le-Grand sur la succession au trône, Catherine avait fait un testament par lequel elle choisissait pour successeur Pierre, fils du malheureux Alexis, déclarant que si ce prince inourait sans eofans , la couronne passerait à la princesse Anne , épouse du due de Holstein et à sa postérité. A son défaut , elle désignait Elisabeth , et ensuite Natalie, flUe d'Alexis.
On lui doit la fondation d'une académie des sciences et l'institution de l'ordre de Saint- Alexandre ^ewski , dont Pierre-Ie-Grand avait donné l'idée.
PIERRE II , AtEXliVITGH.
6r RàGNE. — (De 1727 k 1730.)
Par snite des dispositions du testament de i:atlierîne« Pierre, âgé de douze ans , devait , jaaqu'à seize X rester S9us la tutelle d'un coftr sdl de régence composé des princesses Anne çt Elisabeth, du duc d'Holstein , de Menschir koff et de cinq sénateurs; mais rambitienz Menschikoff , qui voulait donner une de ses filles au jeune empereur, s*empara de toute l'autorité et du prince lui-même , qu'il logea dans son palais, et contraignit le duc et la ducbesse à s'éloigner de Pétersbourg.
Cependant ui^ rival dangereux pour Menachikoff prenait sur le. caractère de Pierre le pl«« grand ascendant: c'était le jei^ne Ivan Dqlg^ rottki, par les intrigues duquel Menschikoff,du faite de la gloire et de la puissance , tomba tout-à-coup au dernier degré de misère et din* fortune. Condanmé k finir ses jours à Béréxof^ l'un des plus durs climats de la Sibérie, ce là-» vori si insolent, si bautain dans la prospérité^ montra dans le malheur une grandeur d'Ame et une résignation peu communes.
Le jeune empereur, en changeant de favori , n'avait fait que changer de maître; les princes Dolgorouki régnèrent en effet sous son nom, et le décidèrent à épouser une princesse de leur famille. Les fiançailles venaient d'être
célébrées avec la plus grande solennité , lorsqae Pierre II fut subitement emporté par la petite vérole, le 29 janvier 1730, à Tâge de quinze ans.
SousTadministrationde Dolgorouki, la Russie fut assez heureuse. La paix ramena Fabondance, et le commerce prit un grand développement , par suite de rentière exécution du canal Ladoga.