VASSILI IV, IVANOVITCH
49* RÈGNE. — (De 1505 à 1534. )
Vassiti ne monU pas sans obstacle sur . le tWVne de son père; il lui fiiUat se défaire d'im nevea auquel , de soa Tivant , Ivan araft con* tété le titre d*faéritier. N<m matoa ialMK de aoo autorité que soft père , TasaUl sdivit les mêmes principes dans sa coaduite «toc. les priaces apanages russes et tatars» Ses premicfa efVotts'se dirigèrent contre le UuaH de JUiaaaBt qui ifétait rérolté qudque temps avant la aasrt divan, ses troupes, d^abord heureuses dans cette expédition, s^étant laissé s urpre ndre, fo» rent complètement battues et obligées de se retirer.
(1506.) Alexandre, rmde Pologne, étant mort, YassiU conçut Tambitieux pre|^ de se faire nommer son successeur, quoique Sigismond eikt été reconnu comme tel, du vivant même d'Alexandre. Cette prétention de Yassili fut rorigined*une guerre «ussi longue que cruelle, et qui fat également fatale aux deux partis.
Une première trêve avait été signée en f 500 et rompue en 1514. La ville de Smolensk, qui , depuis cent dix ans, était sous la domination de la tithuanie, tomba an pouvoir de Tassili , qui la réunit à ses domaines. Les Polonais s'en vengèrent bientôt dans les plaines d'Orschka, où
les Russes éprouvèrent une déroute complète (1517). G^est alors que Tempereur Maximilien envoya à Moscou le célèl)re baron de Herberstein (1), afin de rapproi^her les deux partis» et de les amener à la paix, qui fut enfin conclue en 1623.
YaisiUi après avoir étendii les tromXièms do )a Russie par Ip ooaqaéteéeSmolotfk» aosgea à compléter, dans lintérieur» Tceuvre de oc»> tralisalion et d*uni(é de pouvMr, si néoeMains à rétabliss^mfot de Tantocratie. Rézan formait encore uoe prineipatité à part : les hab»» taasde3eve|[iki, de. Starodoiib et Ithetnàpii^ tout en se reconnaissant vassaux du sonvcraûi de Itepcou, jouissaient réèUement d*aiie lil^erté qui pouvait lui porter ombrage* VasaiU résolu! de-fairo disparaître ces restes du sjs* tème des apanages. Le j^une Ivan , prinoe de Résaui ayant atteint sa minorité, fut «ocusé de vouloir se soustraire k l'autorité do grand* prince- et d'avoir contracté des liaisons avec le Uiau Makhipefe-Gbirel. Appelé à Moscou « Ivan, après bçauooup d'hésitations , se présenta à la cour d|i grand^priuce. Oelui-ci lui reprocha son ingratitude et sa trahison, puis rayant
(l) Le baron de Herbersteia , k ton retour, a publié «ur la Russie des mémoires trës*curieai ; c'est par lui que les natiuns européeaaes ont commencé k mieux connaître la Russie.
condamné à passer le reste de ses jours dans un monastère y il s'empara de tonte la principauté de Rézan, qui, ainsi que Mouro et Tchernigoffyfut réunie aux possessions septentrionales des descendans de Monomaque, et constitua avec elles la monarchie russe.
(1530.) U dernière expédition de Vassili fut encore dirigée contre Khaian , dont les liaM* tans révoltés avaient chassé le prinee qu'il leur avait imposé. Après des succès partagés, les Russes finirent par surprendre les Tatars , dont ils firent un horrible massaware. Cependant, ils se retirèrent sans entrer dans la ville et après avoir seulement levé un imp6t. Tassili mourut le 4 décembre 1533.
Yassili avait Textérieur noble, une taille majestueuse , une physionomie agréable. 11 était naturellement plus porté à la bonté qn*à la rigueur. Il aima le bien de ses peuples et parut jaloux de la gloire de son pays. 11 n'eut peutôtre ni le génie d'Ivan III, son père, ni la politique d'Ivan IV, son fils. Mais placé entre ces deux grands caractères, Yassili n'en mérite pas moins les regards et l'attention de l'histoire. — Ce prince fut marié deux fois. Après Tingt ans d'un mariage stérile» avec Salomonée, il la répudia , et prit en secondes noces Hélène, fille de Yassili Glinski, dont l'oncle Mikhail languissait dans les fers, comme accusé d'intelligences coupables avec le roi de Polo-
gne. Il eut d'Hélène deux fils , Ivan qui suit et louri. Au lit de la mort il fut rerétu de Tbabit monastique, sous le nom de frère Varlam. Il est le premier qui ait pris le titre de tzar : on fit aussi, pour la première fois, sous son règne , usage de l'artillerie.
IVAN IV, VASSIUÉVITCH,dit LE TERRIBLE.
50* RÈGNB. - (De 1534 à 1684.)
La vie d'Ivan est encore à faire. II n'a été donné à aucun historien de peindre au naturel le caractère de ce prince. Ceux des écrivains nationaux ou étrangers qui en ont essayé Tes* quisse sont tous restés au-dessous de leur mo< dèle , et nul n'a fait briller sur cette effrayante physionomie le redoutable flambeau de la vérité. C'est en effet une tâche difficile que celle de rendre les traits d'un homme qui n'a de ressemblance avec aucun autre de l'histoire , et dont Pierre-le-Grand, dans son zèle h imiteiSi^les belles actions d'Ivan, ne s'est ditlui-m^vf^qu'une imparfaite copie. Les biographjjiÇ^ngénépil^jii^ géant ce prince d'après le|kjfKesd^J«^«^le, en ont fait les uns un nnilfSQÎf^ffïfmti^^^ un stupide et féanK^ran^^rrerité est que le naturel chezJ^rpar|M^iiiplexe ; qu'à de grandes et ngy^oH^S^, il joignit des vices plus grAvd/^pÈ^êi^et qu'on ne sait, en étudiant ce .igâimey ^ra ndiose , bizarre , atroce et fan-
tasqne, si Ton doit plus Tadmirter poar la force de son génie et la gloire dont il courrit son règne, qne T exécrer poar les désordres insensés et les crimes inouis dont il sonilla sa mémoire.
On a TU qu'antérieurement , on ne songeait point à tirer un enfant du berceau pour le placer sur le trône; lliéritage du trône passait incontestaUement à Tainé do Ul fonnlle. Les troubles suscités par TinTasion des Mongols et le droit que s'arrogèrent les kbans de désigner le grand-prince , firent oublier les principes de la monarchie russe. Vassili en mourant avait nommé pour son successeur Ivan , qui ne faisait que d'entrer dans sa quatrième année. Georges et André, oncles du jeune prince, se hâtèrent de lui prêter serment d'obéissance, dès que leur ft'ère eut rendu le dernier soupir.
Hélène , femme ambitieuse et de mœurs disso* lues, fut déclarée régente. Gouvernée ellemême par d'impérieux favoris, Hélène ne tarda pas à soulever contre son gouvernement une foule de mécontens (1538). A sa mort, Ivan, âgé de sept ans, resta sous la tutelle de factieux et dlntrigans qui se disputèrent l'autorité et portèrent l'insolence jusqu'à traiter le jeune Ivan en prisonnier. Cette faiblesse de l'enfance, à laquelle de méprisables favoris insultaient, finit pour le jeune souverain plutôt que pour le commun des hommes.
(1545.) A 14 ans, Ivan sentit les premières impulsions âe cette puissante yolonté qui devait bientôt humilier ses rivaux, écraser ses ennemis, terrifier ses sujets, et jeter sur ces derniers ce long réseau d'autocratie dans Tes nœuds duquel ils sont jusqu'à nos jours restés emckaïnétf. Inifé d«8 fer»qtt« pféteâdtof imposer Taudacieux Schouiski , Ivan tout à cdup Mdsitle 9ccptve» place sur sa tète la conroime de Yladimit^lé^rand , déclare à ses boyards qo'ilt est leur matcre, et qu'à l'avenir il prétend goujremer sevl. Aux aeeens de celte voix, dost la puissance s& fait sentir pour la première fols, SchonisU, maljgfré les liens de parenté qui rit'nissentau grand-prince, est saisi , garotté, mis à mort. L*ezil, la prison, la torture, font justice de tou& les intrigans qui, depuis la mort de YassiU tyrannisent le pays. >- Ivan, à seûe ans^ prend publiquement le titre de tzar, dont aoB père n-avait qu'essayé de sa décorer, y aifMt^ celui de povéliteL(l), que les principaux souve» çains d'Burop^ s'empressent de lui reconnat" tre.
(1) PoviLrm «ignîfie littëralemeat empereur. Tbak , que les Polonais écrivent gsàii, signifie évidemment BOl , ÊoarojM* Bàns la hHklt sbroBM^ la not ém est toupfa reqdu.pv eiiié ik TiMt. Nestor, dâus srchfoniqua, mê doBft» pa»d'«iatra titre k Vempereiir de Constentine^ pie & «eUe viU» m'^"^ n'est janus désiga^ qom aonfr la nom de Tsaiaokad, ville du tiar.
Marié de bonne heure à Nastasie, flUede Romain lourévitcby princesse d'une grande yertu, iTan oublie les liaisons funestes que le mauyais exemple lui a fait contracter; il s'entoure d'hommes sages, éclairés, et se lif re aux améliorations que réclame l'intérêt du pays.
li ne peut entrer dans le cadre qne noos nous sommes tracé qu'un récit très-succinct des événemens» même les plus remarquables.
La Tie d'iyan, qui demanderait des Tolumes pour être traitée convenablement, doit, comme celle des autres princes, être ici réduite à de petites proportions. Nous nouA contenterons donc d'analyser les faits les pins saillans de ce règne extraordinaire,
(1547.) Un incendie affireux consume une partie de Moscou , et fait périr plus de deux mille citoyens. A la suite d'une sédition causée par cette catastrophe, et fomentée par des prêtres, la populace se porte contre la maison Glinski , alliée à celle du tzar, et en force les membres, accusés de sortilèges et d'exactions, à s'enfuir loin de leur patrie. Pour la seule fois de son règne, Iwan semble manquer d'énergie, et laisse proscrire ses parens.
Cependant, impatient du joug honteux qui pesait sur la Russie , Ivan médite un prompt et entier affranchissement. Ponr y parvenir pins sûrement , il change Torgaaisatioa mil!-.
taire, institue le corps si célèbre de Strelsi , et iutrodait l'usage des armes à feu.
Plusieurs campagnes plus ou moins heureuses se succèdent, et le tzar, à la tête' d'une ar* mée formidable munie d'artillerie, se met en marche contre la capitale des Tatars (t552).
Après un long siège, Kbazan, prise d'assaut, est livrée au pillage , et la plupart des habitans passés au fil de Fépée. C'est sur les ruines de cette puissante dté que, se tournant vers ses boyards et ceux des officiers tatars épargnés, Ivan dit : « Vous le voyez , Dieu me fortifie contre vous.» En effet, dans les Tatars deChazan, les princes apanages perdaient un appui qu'ils ne manquaient pas d*împlorer contre le grand-prince, quand ils se détachaient de lui.
Astrakhan était, comme Khazan, la résid^ice d'une autre horde de Tatars. Effrayés du sort de leurs frères , ils consentent à payer un tribut. Mais cette soumission ne satisfait pas le tzar (1554). Il fait marcher une armée sur Astrakhan, qui subit le sort de Khazan. Le khan de Crimée, à son tour, est également défait et humilié.
(1556.) Après ces glorieuses expéditions, Ivan tourne ses armes contre le célèbre Gustave- Vasa , roi de Suède, qui venait de rompre la paix jurée précédemment entre les deux états. Abandonnés des Livoniens qui les avaient appelés sur leur territoire, les Suédois, vaincus
us
et oomplétement battus, font une nouy^Ue trè?e de quarante ans. Irrité contre les Utoniens qui lai avaient suscité cette guerre, Iran parcourt en furieux les districts de Dorpat et de Riga, où Tâge ni le sexe ne sont épargnés. Le grand-maltre des cheyaliera du glaive, désespérant de pouvoir sauver le reste de la Livonie, fait don (1562) de cette vaste contrée au roi de Pologne, ne &e réservant que le duché de Courlande.
J*ai retracé quelques-unes des actions brillantes d'Ivan; il me reste à parler des forfaits dont il souilla son règne. Une puissante coalition (1563), formée de tous ses ennemis, avait fait éprouver à ses armées des échecs répétés. Au milieu de ces revers, un coup affreux vint le frapper : la vertueuse Nastasîe mourut. Cet événement eut la plus funeste influence sur le caractère du tzar. Dégoûté du trône, des homr mes et delà vie, il prend la singulière résolution d'abdiquer le pouvoir et de s'ensevelir dans sa retraite. U revêt de l'autorité l'ancien khan de Khazan, dont il a fait son ami, et qu'il institue le chef de la nation ; puis , ainsi ;qu'un ermite, il va y ivre dans la solitude, et se livre à des exercices de mysticité. Tout à coup, instruit des difficultés, des obstacles que son successeur éprouve d^ns l'exercice de la souveraineté, il sort de sa retraite, reprend le sceptre et l'épée, et, conune un tigre furieux, se baigne
dans des flots de sang. NcTgorod, soupçonnée d*aToir Toula se donner au roi de Pologne ^ est impitoyablement iiyrée à des proscriptions, à des massacres effroyables ; le Volkoff, qui bair gneles murs de la ville» ne roule plus que des monoeaux de cadayres. Apnès cinq semaines de meurtres et d^égorgemens, Ivan, par une dén« sion amère, sereconunande aux prières des habitans épargnés, quitte les murs ftimans de Novgorod, et va porter sa fureur dans les campagnes.de Pleskow et de Trer. Moscou devient, à son tour , le théâtre de pareilles atrocités.
Voici quelques-uns des jeux AuxqoeU se plaisait le taar. On pendait sous ses yeu Jea gens par les pieds; les courtisans, le glaive à la. main , se disputaient à qui en^orteimt quelques lambeaux du patient. Tua 4M)«pait Toreille, l'autre arrachait les yeux, celui-ci la tète, celui-là un bras, etc-; ou bien on rasait ks cheveux de la victimcpttis des flots d'ean bouiU lante lui tombaient sur le chef. Les femmes, les enfans Paient rangés «par «aille sur la place ;publique, et les AflidéB du tyran s^exerçaîent Àqui trancherait lestèbBs avec le pins de dextérité, en peiussamt des cris de jmie; (Le/tzsp perçait les victimes de sa lance , les fMsait empaler,, appliquer à la toetai?e,.les 'évcntMit ée son eimetère, déchirait leurs entrailles , et Jetait lemrs chaiirs À sa meute de chiens. QvL*4m ne croye point que nous nous plaisioiis à
charger le tableau. lies historiens de ce règne qui ne disent pas tout , effrayent Timagination par le récit qu'ils transmettent des crimes divan. J^ouvre, au hasard, Karamsin écrirain qu'on ne soupçonnera pas de vouloir calomnier le grand-prince. « Il est impossible , dit-il , de lire sans frémir, dans les mémoires contemporains, le détail des infernales inventions de la tyrannie , la description de tous les moyens inventés pour tourmenter les hommes. Outre les poêles ardens dans lesquels on enfermait les victimes, on construisit pour la torture des fourneaux d'une espèce particulière : on fabriqua des tenailles, des griffes de fer, de longues aiguilles. On coupait aux malheureux patiens les membres l'un après l'autre, on les sciait pour ainsi dire en deux parties , au moyen de cordeaux : on les écorchait tout vifs, on leur tailladait la peau du dos par longues tranches! Et lorsqu'au milieu des horreurs du carnage, la Russie était comme pétrifiée par la terreur, le palais d'Ivan retentissait du bruit de joyeux festins. Ce prince s'y livrait au plaisir entouré de satellites et d'histrions qu'on lui envoyait avec des ours de Novgorod et d'autres provinces. 11 se servait de ces animaux pour la chasse aux hommes dans ses momens de fureur, ou comme simple divertissement.
Quelquefois apercevant près du palais une troupe de citoyens paisibles , il faisait lâcher
âeox ou IfMB ourt et^rlaH aux écltts de l*épouTABte^ des crfo 4e cette muftitiKle en faite. Le tsar wé plJ^ait saitottl a^ee aae Ironye de booffoos dont les Ibactiokis étaitot de le faire rire avant et aprèê les meurtres. i*ai«Bt ces malkoureux payaient de fear fie un ben mot hasarde. On distinguait parmi eux le prince Gvozdef. Un jour, mécontent d'une de ses plaisanteries, le tzar lui terse sur la tête une écnelle de soupe bouillante. Le bouffon pousse un cri de douleur, et veut prendre la fdite; mais Iwan lui porte un coup de couteau, et Gvoadef, baigné dans son sang, tombe sans connaissaneo. On appelle sur-lechamp le docteur Amolphe. « Sautes mon bon servitenr, lui dit le tsar; J'ai plaisanté avec lui un peu trop' rudement! -- Si rudement, répondit Amolphe, quèOleii seul et Y. M. pourraient le rendre à la rie. n ne respire plus ! » Le tsar fiit un geste de mépris, donne au mort l'épithëte du chien et retient à ses Jeux.
Je n'ai donné qu'une fliible idée des crimes d'Itjm. J'ajouterai que dans un moment de fureur (1S84) il tua son fils atné d'un coup de bâton.
Épovtantéde ses forfaits, bourrelé de remords , tt^n traîna dans le repentir une tie désormais empoisonnée. Il mourut le 19 mars 15S4, retélu de l'habit de moine , et après un régne de cinquante ans.
Cet lT4n %i findîcatift si iiKMMtraevx» ti sanguiniitre, jeU oepeadant sar sa patrie une splendeur, un éclat dont elle n'avait jamais joui précédemmevit. Il réforma la législation et fit dresser un code , encore en faveur aujourd'hui , et connu sous le titre de Manuel des juges. 11 ouvrit de nouvelles routes au commerce, fonda la ville et le port d'Archangel, accueillit . les étrangers , introduisit Timprimerie dans ses états, affranchit à jamais son pays du joug des Tatars, et voulut lui assigner une place élevée parmi les nations éclairées de l'Europe : plan dont les malheurs des règnes suivans retardèrent TeKécution*
Ce fut sous son règne que ftet commencée la conquête de la Sibérie, et que s'ouvrirent les premières relations commerciales de la Grande- Bretagne et de la France avec les provinces de la Russie. La fière Elisabeth» caressant la férocité d'Ivan, lui donna le titre d'empereur, que lui reconnurent également Maximilien d'Autriche et Henri 111 de France, quoique plus tard les cours d'Europe l'aient contesté aux tzars de Russie, et que la France ne l'ait authenti* quement reconnu qu'à Catherine H.
Nous avons cité Karamsin dans ses accusations contre Iwan, nous devons aussi le prendre eu témoignage lorsqu'il s'efforce de réhabiliter sa mémoire. « 11 est à. remarquer, dit cet écrivain, que dans la mémoire du peuple,
la brillante reEonmiée d'Ivan a survécu au souyenir de ses mauyaises qualités. Les gémlssemens avaient cessé , les yictimes étaient réduites en poussière, des événemens nouveaux faisaient oublier les anciennes traditions, et le nom de ce prince paraissait en tète du code des lois. Il rappelait la conquête des trois royaumes mogols. Les témoignages de ses actions atroces étaient ensevelis au fond des archives» tandis que dans le cours des siècles, Kazan, Astrakhan, la Sibérie, étaient aux yeux du peuple dlmpérissables monumens de sa gloire.
Les Russes, qui révéraient en lui Tillustre auteur de leur puissance, de leur civilisation, avaient rejeté ou mis en oubli le surnom de iyran que lui avaient donné ses contemporains. Seulement, d'après quelques souvenirs contas de sa cruauté , ils le nomment encore de nos jours Ivan le terrible, mais sans le distinguer de son aïeul, à qui l'ancienne Russie avait accordé une épithète semblable plutôt
comme éloge qu'à titre de reproche Mais
l'histoire ne pardonne pas aux mauvais princes aussi fadiement que les peuples! »
Iran avait eu successivement cinq femmes.
La dernière, delà maison de Nagagui, lui donna le malheureux Dmitri, dont le nom causa dans la suite tant de maux à l'état.
mÉODOR !•», lYANOTITCH.
51* AËGIVE. — (De 1584 à 1598.)
PhéodorlvaiUMriteliy indigne rejeton du premier IMT de Russie , était aussi faible de «erps que d'esprit. Il avait trente«>sept aps quand il monta sur le tréne.Les conseillers qi|e son père, en mourant , avait désignés , lui éparguèrent le soin de gouverner par liHHnèiBe«L'nn d'eui, l'ambitieux Goudounoff, d'origfne tatare, et frèredlrène,époB8e.|le HiépdM*, ^nçuth pre?
jet de monter, après lui, sur le thVAe de Aussia Regardant comme ses ennemis touji «eux que leur naissance, leur emploi ou 4e«r mérite apr proobaient du tiar, il jura leur ruine, et M défit tour à toHT d'eux tous. Il ne bui restait vlus qu'un erime à ^mmettrt, (féuil le pUi» grand de tous : il n'hésita pas à le commettre, il fit assassiner le jeune Dmitri , fils divan Vas* siliévft^, et frère du prince régnant. C'ept le nom de «et infortuné (auquel, selon quelques auteurs, on aurait substitué une autre viiitâBie, que npHS verrons bientôt ruputtiltn , et . être cause de guerres et de dissensions funestes.
A la fin de 1597, Phéodor tomba dangereusement malade : son eut Ait bientôt désespéré. Cette nouvelle répandit la terreur dans U ca^ pitale, car il allait mourir sans descendans: en Phéodor allait finir la race des Mouomaks , la descendance de Rurik , le fondateur de la
monarcliié riuAe, dynastie qui avait occupé le tr6ii« pendant prè» de huit siècles , et fourni plus de dnquante souveraiufi à la llussie.
. Le faible Phéodor mourut an milieu des proscripti«ns sanglamtesdeioa amliitieux ministre. On né manqua pas d'attribuer la cause de sa mort à celiti qui n*atait i^us, pour arriver au trOriie, d'autre obstade à renverser que cette ombre de roi.
MOeUM ET USAGES DES RUSSES SOUS LES FRINCE8 DE LA TROISIEME PÉRIODE.
Dans les récits qu'ont fûts les étrangers sur le caractère et les mœurs de la nation russe, il s'^t glissé tant d'errenrs et de mensonges, que Thomme vériUMement instruit des usages et de rfaisioire de ce pajs, a peine à y rien reco»naître.
La vérité est que le mélange des peuples du nord et du midi, la fusion des Scandinave» et de^ Mongols, des Slaves et dés Tatars, a dû im* primer au caractère général du peuple une teinte particulière, mixte et bizarre. 11 faut •ana doute attribuer à cette cause le manque de nationalité, reproché avec quelque raison à la noblcaae russe. Non pas que je veuille dire qu'elle manque de patriotisme, trop de preuves mcdénieRtir8ientattS8itét;maisremfres8emeot el le succès avec lesquels ses membreaadoïKieiit
les manières étrangères , revêtent Fhabit et les formes des autres peuples, semblent indiquer en effet un esprit trop souple pour être complètement original.
Le lecteur a yu quel était l'état de la RussiO' sous les princes de la deuxième période : la physionomie des mœurs de la troisième époque est plus variée. Les traits saiUans sont Fassujétissement et la réclusion des femmes, dus sans doute à Finfluence des Orientaux ; Texcès de la puissance paternelle , et Toppression des paysans, réduits sous les règnes précédens au service de la glèbe.
Malgré le malheureux état de la Russie, sous la domination des étrangers, le commerce oon- ^ serva cependant de nombreux et importans pri-
vilèges. Les marchands, à Finstarde la noblesse, formaient un corps particulier dans Fétat , et avaient leurs représentans aux assemblées générales. ^
4 La conquête de la Sibérie inspira aux mar-
chands russes le désir d'aller exploiter cette terre nouvelle. La fertilité du sol , et la richesse de ses produits, les avantages d'un commerce facile avec les peuplades limitrophes, établirent bientôt de fréquens rapports entre le commerce de Russie et celui de l'Asie : la Perse, le Thibet, la Chine , furent exploités. Les célèbres marchands Strogonof avaient les premiers ouvert au commerce de leur pays , un
chemin au-delà des monts Curais. C'est par eux que le peuple apprit Tusage du calcul par le moyen de grains enfilés » méthode si sûre et si générale en Russie. lyan-le-Terrible, qui sarait parfois connaître les hommes et distinguer le mérite , protégea les Strogonof , et donna des encouragemens à leurs entreprises.
Il leur fit concession à perpétuité des terres incultes, leur permit de construire des forteresses et d'entretenir des gens de guerre... Il les autorisa à bâtir des villages , à établir des satines, à défricher les terres, le tout sans être tenus d'aucun droit.
Les étrangers, que leurs relations commerciales commençaient à amener en Russie, y apportaient de l'argent, des draps, des étoffes de soie et de velours, objets dont les mœurs orientales avaient donné le goût ; des perles, des bijoux, et surtout cette multitude de bagatelles dont s'amusent le luxe et l'opulence, et sur lesquelles les étrangers ont toujours su faire de grands bénéfices en Russie. En revanche, ceuxci emportaient des pelleteries , de la cire, des cuirs, du blé, du bois et de la quincaillerie.
Les armes ordinaires des Russes , avant le règne de Ivan Yassiliévitch , qui introduisit l'usage de la poudre et du canon, étaient l'arc, le javelot, la hache, la massue , le casque , la lance et la cotte-de-mailles. Le soldat russe, prédominé par le fatalisme , s'est toujours montré -
Musi ferme à Tatlaque qa*mtré|Mde au combat : la poltronnerie et la timidité, dont quelqaes écmain^roïkt aeciué, ne se Yoie&t en Russie que dans la tie priTée. Le pajaan , dans rétat de sujétion et d'abaissement où le Tasselage rayait vis» a nécessairement dA oo»* tracter quelques habitudes ordinaires aux e»* daves; mais sur le champ de bataille» il a ton«* jours retrouvé Ténergie et Tintrépidité des hommes libres.
Le jésuite PosscTin, chargé par le pape Grégoire XJII de réconcilier Kan-le-Terrible a^ec Battory, roi de Pologne» et de IraTaittcr à o»ik ¥ertir les Russes , dit que œt ennemi du tiar parlait avec admiration du courage des Russes , de leur mépris de la mort dans la défense des Tilles, de l'imperturbable sang-froid avec 1^ quel ils prenaient la place de leurs camarades tués par rennemi , formant sur la brèche «b rempart de leurs corps, obligés de combattre je«r et nuit, succombant à la faim , et ne se rendant pas, pomr rester fidèles à leur souve^ iw«. Leurs femmes parmasaicnt autour d'eu »
au milieu d«i danger, dKrduiut à aemdre Im incendies, lançant sur l'ennemi de&poutr« et de groises pienres.^ Bn campagne , ces gnm^ ners suppcHrtalait sans murmurer ]c6 rigueurs • des hÎYers., l'intempérie du cUmat , n'ayant puiir abri que des tentes légères uo de Msé*raUes bivouacs #u?erts à totts les Tents.
Quant aux lois civiles, elles av;iient été long^ temps fort simples^ et entachées de cette sorte de barbarie y type des nations nouvelles ou peu éclairées. Le duel judiciaire, la vénalité des charges mettaient fréquemment en péril les droits de l'innocence : le débiteur insolvable devenait Tesdave de son créancier.
Ivan réforma les lois et l'administration de la justice : il compléta le code promulgué , en y insérant de nouvelles dispositions et en amé^ liorant Vesprît des anciennes. Il y eut des degrés de iiuridiction, suivant Timportance des procès. Les juges furent tenus de connaître à fond la législation russe , les coutumes et les réglem^ns de chaque province. Ils formèrent un corps distinct dans TÉtat , classé d'un degré au-dessous des gentilshommes, et plus haut que les enfans boyards de la cour et les négocians de marque.
L'intérieur de la vie commune se ressentait peu du luxe étalé par les grands et la cour.
Les demeures, construites en boîs, dans desproportions mesquines» étaient plut6t bAties pour défendre leurs kabitans des injures de l'air, que pour flatter la vue et orner les cités.
Iféanmoins tout porte à croire que le peuple jouissait de ce bicn-étre qui suffit aux besoins et assure le bonheur des nations. Son aisance portait envie aux étrangers qui l'avaient pu connaître. « Cette terre bénie du.
ciei, écrivait Kobentzel , en parlant de la Russie, abonde en tout ce qui est nécessaire à l'existence de Thomme , sans avoir ancun besoin réel des productions des autres pays.
Au surplus, le peuple russe (et par cette expression j'entends plutôt la classe des paysans que celle de la noblesse) de tout temps ami de la joie et des fêtes , se livrait avec passion à toutes sortes d'exercices du corps. Il avait des danses , des chants et des jeux poar toutes les saisons de Tannée : mais cette liberté , cette gaité qu'on voit encore respirer parmi le peuple des campagnes, s'effarouchait bien vite par le voisinage des grands et de la cour. L'ancien pToy erbe bliskô tzare, bliskô smerti y proche du tzar, proche de la mortf sert à peindre la terreur qu'imprimait le nom du prince sur l'esprit de ses sujets.
L'imprimerie^ quoique un peu tard introduite en Russie, y servit , comme partout, à stimuler les esprits. Le sanglant et long règne d'Ivan-Ie-Terrible ne fut point un obstacle audéveloppement de l'intelligence : des hommes studieux se livrèrent à la culture des lettres. — Le métropolitain Macaire, illustreet savant personnage , mort en 1567, fit traduire sous ses yeux les légendes de l'Église grecque, et écrivit lui-même la Biographie des Saints de Russie. 11 contribua à la composition du Livre des JD«grés, qu'il conduisit jusqu'en 1559. Enfin, il
aida de tout son poaToir rétabli stement de la première imprimerie à Moscou. Sous Ivan IV , les Rosses déjà n*aTàient plus besoin d'ouvriers étrangers pour l'emploi des caractères. Dès 1553 y on voit une imprimerie dirigée par deux typographes nationaux, Féodoroff » vicaire de l'église Saint-Nicolas, et Pierre Mstislavetz, qui publièrent en 1564 les Actes et les Éptires des ApAtres , les plus anciens des livres russes imprimés, remarquables par la beauté des types et du papier.
L'art de l'imprimerie, qu'encourageait le gouvernement, et que soutenait l'Église, eut en Russie comme en France , de nombreux adversaires. Au premier rang figurèrent les nombreux scribes que le métier de copiste faisait vivre ; puis les dévots , les scrupuleux dont cette invention diabolique effrayait la conscience... L'habile FéodorofT, privé par la mort de Macaire d'un Eélé protecteur , devint la victime de ses ennemis... Soupçonné de sorcellerie, d'hérésie, il fut contraint, ainsi que son ami, pour échapper au supplice, de se réfugier en Uthuanie. Le prince de Yolhinie, Constantin, l'un des descendans de St.-Vladimir, accueillit les exilés qui publièrent alors par son ordre, la célèbre Bible connue sous le nom de Bible d'Ostrog.
L'affranchissement de la Russie du joug des Tatars, fixa promptement les regards de l'Eu-
rope sur cette contrée , de&t Thistoire et les destinées étuient restées ignorées. On a tu que so«A le règne d*hian-le*Terrible , FAngleterve s'étaity la première, ménagé des rdations e«mmerciides ayoc tes sujets du tzar. 11 existe à la Bibliotbèqne royale un manuscrit du seizième siècle , sur les affaires du Nord, oà se troove une pièce fort curieuse : c'est une lettre de Phéodor-Ivanoyitch , en réponse à une autre de Henri 111, par laquelle ce prinoe compli* mentait Phéodor sur la. mort àm gramd em^ ptreur et tzar If an, son père, cl le remerciait de ce qu'il Toulait fatent accorder la oentimia-* tton des bons rapports qui existaient entre le» cours de Russie et de France y soua lesr règnes préoédenS) et rautorisation pour les sxqets ftançais de faire le commerce aveo la Russie. Cette lettre , surtout remarquable par le titre d'empereur que prend le gtandf>priiice PbéodiM* , n'a été citée par aucun historien , et npesipas cfmnue même des Russes^ qui n^au»
raient pas manqué d'en faire usage lors desr contestations élevées par le «cabinet de Leiais XY, sur la Talidité de ce titre é'empereuff que toute l'Europe n'a reconnu autbentiquement aux souTerains de Russie que depuis le rè|^e de Pierre-le-Grand.