U1ST0IKE DE RUSSIE
Novgorod, qu'ils tombent sur Smolensk, prennent d'assaut une petite place et marchent à Torjok. Les Novgorodiens veulent s'opposer à leurs progrès, ils sont battus, et les vainqueurs profitent de cet avantage pour ravager la contrée ; mais pendant qu'ils la dévastaient, leur propre pays était envahi par les Tartares. Forcés de retourner chez eux pour défendre leurs foyers, ils trouvent leurs campagnes ruinées , et cou vertes des cadav res de leurs concitoyen s .
De leur côté, les Novgorodiens apprenaient avec épouvante les progrès rapides que faisaient les Tartares, et tremblaient de les voir envahir le coté occidental de leur patrie. Ils crurent ne pouvoir détourner l'orage prêt à fondre sur leurs tètes , qu'en envoyant une ambassade implorer la clémence du kan , lui demander pardon de leur première résistance, et lui offrir de riches présents en gage de leur entière soumission. Peu de temps après (1259), des Tartares furent envoyés une seconde fois à Novgorod pour y établir le tribut : Alexandre dut les * accompagner. Dès leur arrivée, les Tartares travaillèrent à remplir à la rigueur leur commission.
Il était impossible que ces opérations, toujours odieuses, et qui ne furent alors tempérées par aucun ménagement, n'excitasseut pas des troubles dans la ville. Dientôt les collecteurs eurent à craindre pour leur vie, et demandèrent au prince une garde : elle ne put contenir le peuple,trop pauvre pour n'être pas écrasé par le plus léger tribut. On fut sur le point d'en venir aux armes : enfin Alexandre obtint des Tartares et du peuple que la taxation fût faite par les citoyens eux-mêmes. Mais les plus riches habitante, chargés d'établir la taxe et d'en faire la répartition, ne pensèrent qu'à ménager leur superflu, et rejetèrent sur la multitude infortunée presque tout le poids de l'impôt. De là nouveaux soulèvements, qu'Alexandre put à peine comprimer, et où il risqua sa tète autant que les collecteurs tartares eux-mêmes.
La Russie allait recevoir quelque consolation au milieu
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de ses maux, si c'en est une toutefois de voir souffrir les auteurs de sa misère. Les Tartares éprouvaient à leur tour les maux que causent les divisions intestines. Gaïuk, que nous avons vu élever à la dignité de kau après la mort de son père, était d'une très-faible constitution, et mourut après une année de règne. Mangou lui succéda, et mourut en 1257, d'une maladie contagieuse. A cette nouvelle, l'armée de Koublai le déclara kan , à la place de Mangou, son frère. Mais Àrtok-Bouga, autre frère de Mangou, à qui ce prince avait en son absence confié l'administration de l'empire, se nomma kan lui-même , de sa propre autorité. 11 semble qu'il avait en effet plus de droits au trône, puisqu'il était l'aîné de Koublai. Celui-ci lui lit ordonner d'en descendre; mais Artok-Bouga, qui ne voulait se réserver aucune voie de conciliation, ne répondit à cet ordre qu'en tuant le député de son frère. Vers l'époque où nous sommes parvenus (125£), la dissension entre ces deux princes était dans sa plus grande chaleur. Elle se termina plus tard par l'humiliation d'Artok-Bouga, qui, vaincu et forcé de fuir, implora et obtint la clémence de son jeune frère.
Mais ces troubles de la grande horde eurent moins d'influence sur la Russie que la révolte de Nogai.
C'était un général tartare, qui, après avoir soumis par ordre du kan les nations qui vivaient sur la côte septen trionale de la mer Noire, ne voulut pas avoir vaincu pour un maître, et établit dans ces contrées sa domination particulière. Peu à peu des Allemands, des Russes et d'autres peuples des environs se mêlèrent avec ses Tartares, prirent leurs mœurs, adoptèrent leur langue et leur costume, firent la guerre avec eux, et acquirent une grande puissance. Nogai fut soutenu dans sa révolte par l'empereur d'Orient, Michel Paléologue,qui s'allia même avec lui en lui donnant en mariage Euphrosine, une de ses filles. Ce nouvel empire tartare affaiblit beaucoup la puissance du kan de Kaptchak.
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Ainsi ces redoutables vainqueurs, élevant trône contre troue, tirent dès lors concevoir aux nations qu'ils tenaient sous le joug quelque espérance de recouvrer leur liberté.
Impatients de leurs chaînes, les Russes crurent que le temps de les rompre était arrivé (1262). Les habitants de Vladimir, de Souzdal, de Rostof, d'Iaroslavle, de Péréiaslavle et de plusieurs autres villes conjurèrent entre eux, dans le plus grand secret, la perte des Tartares qui se trouvaient en Russie. Les collecteurs des impôts avaient surtout provoqué la haine générale. Ces hommes sans entrailles, ayant acheté le produit des tributs, en exigeaient le paiement avec une dureté impitoyable ; ils employaient les moyens les plus iniques pour accroître le bénétice de leurs fermes, dépouillaient les malheureux habitants, leur enlevaient jusqu'à la subsistance de leurs familles, et réduisaient souvent en servitude les infortunés qui ne pouvaient les satisfaire. Mais une vengeance terrible attendait ces exacteurs : au moment convenu la plupart sont massacrés; quelques-uns, qui avaient sans doute exercé leur odieux ministère avec moins de rigueur, sont seulement chassés; plusieurs embrassent le christianisme pour sauver leur vie.
Toutes les villes confédérées furent dans un même jour délivrées des Tartares. Plusieurs princes étaient entrés dans cette conspiration; mais elle avait été tenue secrète pour Alexandre, qui ne put ni la prévoir, ni la prévenir. 11 apprit avec effroi cet acte de violence ; il s'attendait à le voir expier par des torrents du sang de ses sujets répandu par le fer des Tartares. A chaque instant il croyait la vengeance près d'éclater, lorsqu'il reçut ordre d'assembler et de conduire lui-même à la horde les forces de la Russie. Cet ordre augmenta le trouble qui l'agitait : dans sa pensée, son armée ne serait pas plutôt à la discrétion des Tartares, qu'ils vengeraient sur elle le sang de leurs compatriotes.
Il résolut d'aller seul offrir sa tète aux Tartares, et
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d'obtenir d'eux rexemption de fournir une armée et le pardon de l'attentat dont les Russes s'étaient rendus coupables. Les soucis auxquels il élait en proie ne lui firent négliger aucun des intérêts de sa patrie. Enfin, après avoir pourvu à l'administration de l'État, Alexandre se rendit auprès de Houga (12G3). Il eut satisfaction sur tout ce qu'il avait demandé ; mais il n'eut pas le bon- Leur de jouir du bien qu'il venait de faire à son pays. Il était malade lorsqu'il prit congé du kan. Après quelques jours de marche, il fut obligé de s'arrêter, et, sentant sa fin approcher, il fit les vœux monastiques, et prit l'habit religieux sous le nom d'Alexei. Il mourut âgé de quarantequatre ans, après en avoir régné dix à Vladimir (1264). L'Église russe l'a mis au rang de ses saints. Pierre le Grand fonda en son honneur un monastère près de l'endroit où ce prince avait vaincu les Suédois, et y fit transporter ses reliques. L'impératrice Élisabeth, dans le siècle dernier, lui éleva un tombeau d'argent, un des plus riches monuments de l'Europe.
Alexandre eut pour successeur Iaroslaf, son frère, ce même Iaroslaf contre lequel il avait été obligé de prendre les armes pour le chasser de Novgorod, où il s'était fait appeler par ses intrigues. Le mauvais succès de cette première tentative n'avait pas rebuté ce prince ambitieux, ou plutôt le mécontentement des Novgorodiens réveilla son ambition. Alexandre avait mis à la tète de leur État son fils Dmitri, que sa jeunesse rendait peu capable de les gouverner. La crainte qu'Alexandre inspirait leur avait fait dissimuler leur mécontentement ; mais à peine fut-il parti pour la horde, que les citoyens, las d'obéir à un enfant dont ils n'aimaient pas le père et de souffrir des iufractions multipliées à leurs droits, entrèrent en négociation avec Iaroslaf. Ils lui proposèrent les conditions auxquelles ils consentaient à le reconnaître pour leur prince. On a conservé les lettres par lesquelles ils stipulaient et les privilèges dont ils prétendaient jouir,
el les obligations qu'ils imposaient au prince. Ces conditions étaient dures; mais, comme ou ne pouvait prétendre gouverner Novgorod qu'à ce. prix, Iaroslaf les accepta, et les confirma en prêtant serment sur la croix.
Avant de continuer l'histoire de Russie, étudions un peu celle de la Lithuanien sans la connaissance de laquelle les annales russes deviendraient pour nous trèsobscures. Les princes de Lithuanie vont avoir sur la Russie, et principalement sur Novgorod, une grande influence.
Mindogf, prince de Lithuanie, ayant eu en 1254 une conférence avec le grand maître de l'ordre des chevaliers porte -glaives, lui promit d'embrasser le christianisme, et reçut le baptême avec son fils, Yochleg. Ce changement de religion le rendit odieux à ses peuples; il crut, mais en vain, regagner les cœurs de ses sujets en retournant à l'idolâtrie : ils n'attendaient qu'une occasion favorable pour se soustraire à sa domination. Non contents de le renverser du trône, ils complotèrent de laver dans son sang l'insulte faite à leurs divinités. Encouragés au crime par les parents mêmes de Mindogf, ils le mirent à mort.
Vochleg n'avait point abandonné, comme son père, le christianisme. Il s'était retiré en (irèee, et, de là passant jusqu'au mont Sinai, il s'était consacré dans un monastère à ta vie religieuse. C'est dans cette retraite qu'il apprend l'assassinat de son père : il croit que son premier devoir, dicté par la nature et plus fort que tous ses vœux, est de le venger. Il promet au pied des autels de revenir dans trois ans reprendre l'habit monastique; et, changeant cet habit contre une armure guerrière, il retourne dans sa patrie, cherche, retrouve, assemble les amis de son père, profite de la discorde qui règne entre les assassins, les combat, et, partout victorieux, opère un grand nombre de conversions. Après une année de guerre, il croit son père assez vengé, place sur le troue un voïé-
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vode nommé André Danilovitch, et, fidèle à ses vœux, il se replonge dans le silence du cloître (1261).
La révolution avait été prompte, mais elle fut de courte durée. André Danilovitch fut assassiné ou chassé; car un an après les exploits de Yochleg on voit sur le trône de Lithuanie un prince païen nommé Herden, et le christianisme aboli dans l'État. Cependant la prédication de l'Évangile avait porté des fruits : un prince lithuanien nommé Domant se retira à Pleskof avec sa famille pour y recevoir le baptême et y pratiquer eu paix la religion chrétienne. Touchés de son zèle, et pénétrés de sympathie à son égard, les habitants le prièrent de les gouverner (1266).
Pleskof étant une dépendance de Novgorod, Iaroslaf ne pouvait regarder Domant que comme un usurpateur, et ceux qui l'avaient élu comme des rebelles. 11 vint à Novgorod dans le dessein d'y lever une armée pour les punir; mais ce projet s'accordait mal avec les vues des citoyens : ils regardaient le nouveau prince de Pleskof comme leur défenseur contre les Lithuaniens, sur lesquels il venait déjà de remporter deux victoires. Ils employèrent les prières les plus vives pour détourner taroslaf de la guerre qu'il avait projetée; et, comme ce prince ne s'était pas mis en état de résister par la force à leurs sollicitations, il fut obligé de s'y rendre.
Novgorod était si peu disposée à combattre le souverain de Pleskof, qu elle joignit même ses forces à celles qu'il put rassembler pour porter la guerre en Lithuanie ; et le prince Herden périt dans une bataille (1269).
Une plus grande entreprise arma bientôt après les Novgorodiens. Ils avaient fait souvent des incursions contre les Tchoudes et contre les Allemands de la Livonie ; mais ils résolurent de les attaquer d une façon plus régulière. Un grand nombre de princes russes et le prince lithuanien de Pleskof se joignirent à cette entreprise. L'armée russe rencontra dans l'Eslhonie, à six ou sept lieues de Hevel,
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celle des Allemands, rassemblée de toutes les contrées soumises aux chevaliers porte -glaives. Le combat s'engagea de part et d'autre avec une valeur égale. L'armée allemande avait à son centre un bataillon serré, espèce de triangle mobile, hérissé de lances. Plusieurs fois les Novgorodiens l'attaquèrent avec fureur; mais, toujours repoussés, et privés enfin d'un grand nombre de leurs chefs, qui périrent à leur tète, ils furent obligés de se retirer. Cependant les deux ailes russes , après avoir longtemps soutenu le combat avec des succès partagés, ne se laissèrent point abattre par la valeur des Livoniens, ni par la retraite de leurs compatriotes. Encouragées par la voix et l'exemple de leurs chefs, elles donnèrent enfin avec tant d'impétuosité, que les deux ailes des Allemands plièrent et prirent la fuite en désordre, quoique leur centre ne fût pas entamé. Elles furent longtemps poursuivies, et les vainqueurs à leur retour furent étonnés de trouver encore sur le champ de bataille le bataillon immobile et maître de ses bagages. La nuit approchait ; ce n'était pas le temps de commencer une nouvelle action, et le lendemain, au lever de l'aurore, les Russes ne virent plus d'ennemis. Les Allemands, trop peu nombreux pour se promettre de vaincre, contents d'avoir assez fait pour la gloire, avaient profité de l'obscurité pour se retirer en bon ordre.
On est surpris de voir les vainqueurs retourner eu*mèmes dans leur pays après s'être reposés trois jours sur le champ de bataille; c'est que, pour aller reprendre leur commerce et leurs travaux, ils devaient profiter des rigueurs utiles de la saison, qui leur procurait des chemins solides sur les lacs et sur les fleuves. Domant fut laissé dans le pays ennemi pour recueillir les fruits de la victoire. 11 parcourut tout le domaine des chevaliers livoniens, et porta la désolation jusque sur les bords de la mer. Irrités de l'affront qu'ils venaient de recevoir, ces chevaliers voulurent Tannée suivante réparer la honte de leur défaite et reporter chez leurs ennemis tous les
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maux qu'eux-mêmes avaient soufferts; mais le succès répondît mal à leur confiance. 11 est vrai qu'ils brûlèrent sans résistance les faubourgs de Plcskof; mais dès que l'armée de Novgorod s'avança contre eux, ils se crurent obligés de demander la paix, et se trouvèrent heureux de l'obtenir. La nouvelle de cette paix, portée à Novgorod, y causa une indignation presque générale : Iaroslaf en fut aussi mécontent que les citoyens. Il arma les sujets de sa souveraineté de Vladimir, et fut secondé par le baskak de cette principauté, qui se mit à la tète de ses Tartares et se joignit à l'armée russe.
En combattant pour la Uussie,lcs Tartares défendaient leur propre domination, et l'étendaient même par les victoires du peuple qu'ils avaient soumis. Quand les Allemands apprirent qu'une armée tartare allait tomber sur eux, ils tremblèrent au nom seul de cette nation, et firent demander en suppliant la continuation de la paix aux conditions qu'Iaroslaf voulut leur. imposer. Mais ce prince, fier de la terreur qu'il inspirait aux étrangers, et croyant les Novgorodiens disposés désormais à porter le joug, voulut étendre les bornes de son pouvoir et resserrer celles de leurs droits; c'était les avertir de lui résister avec plus d'opiniâtreté. Informés des desseins ambitieux du prince, et croyant leurs libertés menacées, ils ne connaissent plus la crainte. Iaroslaf, dès le commencement de la sédition, trop faible pour soutenir son téméraire projet, avait eu la précaution de sortir de Novgorod. Les habitants lui font annoncer qu'ils ne veulent plus le reconnaître, et il est obligé d'entendre de la bouche des députés tous les reproches que sa conduite a mérités. Ils l'accusent d'avoir commis des injustices; d'avuir lésé les citoyens, en enlevant aux uns leurs maisons, à d'autres leur argent, etc. On pourrait ajouter que, dans les dernières dissensions, il avait jugé et condamné lui-même des Novgorodiens; et c'était le succès de cette première usurpation,qui lui avait inspiré une confiance plus grande.
Hors d'état d'agir par la force, Iaroslaf affecta la soumission : il envoya son propre fils porter à Novgorod des paroles suppliantes, et ne rougit point de faire succéder la bassesse à la hauteur. Il promit de réparer les atteintes qu'avaient reçues lés droits du peuple et d'effacer ses fautes par une conduite agréable aux citoyens. Il cimenta même ces promesses par les serments les plus saints. Mais il ne put, par son humiliation et sou repentir intéressé, adoucir ni persuader les habitants, qui lui ordonnèrent de sortir au plus tôt de l'étendue de leurs domaines, s'il n'aimait mieux attendre qu'ils marchassent contre lui pour le chasser par la force des armes (1270).
Il fallut recevoir celte insulte méritée, et même obéir. Iaroslaf se retira, mais la rage et le désir de la vengeance dans le cœur. Arrivé à Vladimir, il s'occupa sans retard du soin de rassembler une armée, et envoya même implorer le secours du kan de Kaptchak, en lui faisant dire (ce qui était faux) qu'il ne s'était attiré la haine des rebelles de Novgorod que par son zèle pour les Tartarcs, dont ils voulaient méconnaître la domination. Tout lui promettait le plus heureux succès; mais il avait un frère nommé Vassili, prince de Koslroma, ambitieux comme lui, et comme lui incapable de respecter les nœuds du sang quand il trouvait son intérêt à les briser. Vassili ne fut pas plutôt informé des troubles de Novgorod, qu'il demanda aux citoyens de le reconnaître pour leur prince, leur promettant tous les secours qui seraient en son pouvoir; il leur dévoila toutes les intrigues et tous les projets d' Iaroslaf.
Novgorod accepte les secours de Vassili, sans le reconnaître cependant pour son prince. Celui-ci, dans l'espérance d'obtenir bientôt des citoyens plus qu'ils ne veulent promettre, s'empresse de servir leur cause. Il se rend à la horde , et voit à son arrivée des troupes prêtes à marcher au secours d'Iaroslaf ; elles partent, et, s'il ne réussit pas à faire changer la résolution du kan, il a perdu le fruit
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des fatigues de son rapide voyage. Enfin le Tartare l'écoute et connaît aussitôt la véritable cause du soulèvement de Novgorod. Il voit qu'on l'a trompé, et qu'il n'a rien à attendre dans cette affaire; persuadé même que sa domination ne sera que mieux affermie par la division des principautés de Vladimir et de Novgorod, il sent qu'il est de son intérêt de les abandonner à leurs discordes et à leurs propres forces, et il rappelle son armée.
Privé de tout espoir de secours de la part des Tartares, laroslaf se prépara à tenter le siège de Novgorod avec ses fils et le prince de Smolensk, son allié ; mais la ville avait pris une telle attitude de défense, qu'Iaroslaf , doutant du succès de son entreprise, eut encore recours aux négociations : elles n'eurent aucun résultat. Enfin le métropolitain de Kief, qu'il implora et dont l'influence religieuse était puissante sur les populations, détermina les Novgorodiens à accepter le repentir d'Iaroslaf, dont la colère pouvait par la suite devenir redoutable. Alors enfin Novgorod reçut les députés du prince, et bientôt après le prince lui même (1270).
Peu de temps après cette réconciliation, laroslaf dut se rendre à la borde avec son frère Yassili et plusieurs autres souverains. Content de cette marque de soumission, le kan leur permit de retourner aussitôt dans leurs États, laroslaf ne devait pas revoir Novgorod : il mourut en cbemin, après un règne de huit ans (1271).
Vassili, le dernier des fils d'Iaroslaf Vsevolodovitch, monta sans obstacle sur le trône de Vladimir, vacant par la mort de son frère; il ne lui fut pas aussi facile de lui succéder dans la principauté de Novgorod.
Depuis quelque temps les Novgorodiens étaient gouvernés par les souverains de Vladimir : la crainte des Tartares les porlait sans doute à ce choix ; mais l'expérience les fit changer de politique. Ils crurent s'apercevoir que la protection que les Tartares accordaient aux