CHAPITRE V
Voilà pourquoi l'astucieux Iwan a semblé prêt à sacrifier jusqu'à sa religion , pour obtenir du pape , alors protecteur de la princesse grecque, cette grande alliance. Voyez comme il fait traverser triomphalement ses Etats à cette suzeraine , qui vient aulocratiser et même diviuiser sa puissance. Ecoutez les discours de ses grands et de ses prêtres ; Dieu y disent-ils , lui envoie cette illustre épouse, rejeton de V arbre impérial , dont V ombre couvrait jadis tous les chrétiens frères et orthodoxes. Heureuse alliance ! qui rappelle celle du grand Vladimir^ qui va faire de Moscou une autre Byzance , et donner a ses Grands -princes tous les droits des empereurs ^rccs.
Aussi faut-il désormais au nouvel autocrate un somptueux entourage. Les pompes toutes nouvelles de Constantinople viennent fasciner les yeux de ces barbares. En même temps, ses peuples le verront élever les puissantes murailles du Kremlin , demeure imposante , redoutable forteresse de l'autocratie ; et cette première église de pierre renfermée dans son enceinte, que trois fois leurs architectes moscovites avaient essayé de construire, et qui trois fois était retombée sur ces ouvriers inhabiles.
Car Iwan ne néglige rien ; des fondeurs , des ingénieurs , des architectes , des mineurs , des monnoyeurs , appelés d'Allemagne et d'Italie \ osent, sur les pas d'une princesse civilisée, pénétrer dans ces contrées presque inconnues. Les mines de la Petchora se découvrent ; la Russie voit , pour la première fois . une monnaie d'argent et de cuivre frappée dans sa capitale.
Qu'on imagine tout ce qu'alors dut avoir i?'mposant un trône d'un exhaussement si prodigieux , que la religion elle-même^ partout ailleurs si dominante, lui servait de support; et dont le sommet , commençant à sortir de cette nuit épaisse où croupissaient tous ces peuples, point lumineux- dans ces ténèbres , brillait à leurs yeux émerveillés de l'éclat des cérémonies religieuses et civiles les plus pompeuses, et des premiers rayons de la civilisation européenne.
Remarquez avec quel soin , ce Louis XIV de la barbarie . profite de ces avantages. Proclamant son droit divin . c'est du milieu de cette pompe qu'on l'entend s'écrier : La haute et sainte Trinité' , dont jwus avons reru le gou-