‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand (volume 2)Chapitre 114 sur 189 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

et n'ont-ils plus de consistance que par ces places serviles qu'il multiplie.

C'est depuis cette époque qu'ils ont commencé à considérer comme héréditaires ces rangs civils, militaires et domestiques, et à se disputer la préséance ; mais qu'ils osent s'en prévaloir contre ses ordres, alors, ôtant à leur vanité cette dernière ressource , il leur déclarera quils doivent se soumettre sans murmure aux volontés de leur souverain y et que toute place est bonne pour le servir.

Cependant , après la mort de son fils aîné , issu d'un premier mariage , ces grands ont élevé , dit-on, leurs intrigues jusqu'au pied de son trône pour en assurer l'héritage à l'enfant de ce prince regretté ; on ajoute que ces dignes aïeux des boyards de Pierre-le- Grand calomnièrent leur czarine grecque mère d'un second fils , en haine des commencemens de civilisation qu'elle protégeait , et de ces étrangers qu'elle avait introduits.

Ce qui est certain , c'est qu,'Iwan , trompé , disgracia d'abord cette princesse , mais qu'ensuite , mieux instruit , il lui rendit sa faveur ; on croit même que ce fut pour conserver ses

innovations, qu'il institua le fils qu'il avait d'elle son héritier, au préjudice de son petit-fîls . qu'il fit emprisonner pour toujours. Iwan ne voulut pas laisser après lui ce ferment de discorde ; dans cette circonstance , et comme le fît plus tard et bien plus cruellement le régénérateur de la Russie, il sacrifia tout à la raison d'Etat , d'un Etat dont il s'était fait l'ame , et qui n'en devait avoir qu'une seule.

C'est alors que Pskof ose réclamer , en faveur de la branche aînée , contre fhéritier qu'il se donne. 3Iais lui : Ne suïs-je donc pas libre d'en agir comme il me pîait ? répoud-il fièrement ; je donnerai la Russie à qui bon me semblera y et je vous ordonne d'obéir.

Quant aux boyards mêlés dans ces intrigues , leur rang , jusque-là respecté , ne les préserva pas : accusateurs comme accusés, ils furent successivement victimes de la crédulité du prince ou de sa vengeance. La Russie , muette d'étonnement , vit pour la première fois tomber plusieurs de ces tètes illustres ; un mot d'iwan suffit pour les abattre comme celle du dernier de ses sujets.

Faut-il donc s'étonner que tout ait fléchi

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devant cet autocrate, dont la main habile, déchirant le voile qui cachait la Russie à l'Europe, l'avait forcée de rendre hommage à sa puissance ; dont la polilique sut se servir de tous sans jamais servir personne : qui venait d'ajouter à la Paissie ig,ooo milles carrés et quatre millions de sujets , en l'étendant de Rief à Kasan, et jusqu'à la Sibérie et à la Laponie norwégienne ? Il n'a rien conquis par lui-même, il est vrai ; mais aussi, ne s'enivrant pas comme les rois guerriers , il a su s'arrêter à propos , acquérir autant, conserver davantage , et finir mieux.

Le premier , il a emprunté des arts à la civilisation , mais pour lui seul; comme moyens de richesses et de puissance, et bien moins pour éclairer ses sujets que pour les éblouir.

Second législateur des Russes , ils lui doivent la réforme des mœurs du clergé , qu'il présida dans trois conciles ; une première tentative d'expropriation générale de cet ordre; et, en dépit de ses cris furieux , la répression , par le ridicule seulement et par l'exil, d'une hérésie que les saints du jour voulaient extirper par les flammes.

'j3^ livre IV.

Cette hérésie judaïque consistait à attendre la venue du Messie , à renier et à maudire Jésus-Christ et la Sainte- Vierge , à cracher sur les images des saints, à les déchirer avec les dents , à nier le paradis et la résurrection des morts ; enfin , à croire à un livre cabalistique, donné à Adam par Dieu lui-mehie. C'était là que Salomon avait puisé sa sagesse ; Moïse , Joseph , Élie et Daniel , leur puissance sur les élëmens et sur les monstres , leur science dans l'interprétation des songes, et leur faculté de lire dans l'avenir.

Zozime , un métropolite, était, dit-on ^ le chef de ces hérétiques. <; On voit, s'écriait alors n saint Joseph de Volock , on voit un fils de ;» Satan sur le trône des saints prélats ; on voit » un loup dévorant sous Thabit d'un simple 5> berger ! Ils ne sont plus , ils se sont envolés )» dans le sein du Christ . ces aigles audacieux » de la religion, ces saints évéques, qui eussent î) impitoyablement arraché avec leurs serres î» tout œil assez hardi pour jeter un regard y. louche sur la divinité du Sauveur î Aujour- :» d'hui , on n'entend dans le jardin de l'église î> que le sifflement d'un reptile affieux, qa\

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