CHAPITRE VI
(i5o5) Vassili hvAiVowiTCH continue le mouvement ascendant du règne de son père : il étend sa puissance sur la Pologne , à laquelle il arrache Smolensk ; sur Kasan révoltée qu'il épuise, et sur la république de Pskof, où s'exhale douloureusement le dernier souffle des libertés russes.
Alors (i533) commence le règne d'Iwan IV. Cette scène hideuse s'ouvre par les saturnales d'une cour, qu'ont improvisée les deux précédens autocrates , au sein d'une grossière et brutale ignorance. Ses grands sont des barbares ou parvenus ou déchus. Un grand nombre est du sang de Rurick. Jadis l'empire entier fut le théâtre de leur ambition ; son déchirement , sa division en apanages , leur but ; la guerre civile , leur moyen : mais aujourd'hui que tout s'est concentré dans le prince, ils n'ont plus pour arène que sa cour , pour but que le pouvoir précaire du favoritisme , pour moyen que
Tinlrigue ; ils sont sans règles , sans mœurs, conformes à leur situation nouvelle ; ils ne connaissent d'autre frein qu'un despotisme de fer, dont la rude et lourde masse vient de tomber aux mains d'une femme galante, mère d'un enfant de trois années.
Hélène est la seconde régente des Russes. Depuis Olga un tel événement n'avait point eu d'exemple. Les mœurs moscovites eussent voulu que cette veuve de Vassili fût morte au monde ; qu'un couvent et un nom nouveau eussent enseveli son deuil : et les grands s'indignent de voir le sceptre ^^^ Pvurick au pouvoir de cette veuve, de cette Lithuanienne, et d'un amant qu'elle ose leur imposer pour maître.
Toutefois , le couple impur se soutient pendant quatre ans par le despotisme. Cette arme, si illégitime qu'elle va à toutes les mains qui osent s'en servir , répond à tout ; à l'indignation des trois oncles d'Iwan , par une mort lente dans d'affreux cachots; à leurs partisans , par la torture , la corde et la hache ; à ceux des grands qui cmigrent en Lithuanie, en Crimée, et qui en reviennent avec la guerre , par la guerre et la victoire.
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Mais enfin , le cnme fait justice du crime , le poison venge les tortures ; la régente meurt subitement , et les grands boyards , la plupart descendans de ces princes du sang jadis apanages , s'emparent de la tutelle de ce même despotisme , dont leurs aieux furent les victimes.
Les SchouYsky paraissent au premier rang parmi ces barbares. Traités depuis long-temps , et de père en fils, en ennemis du Grand-prince et de l'Etat . leur tour est venu de traiteil'Etat et son Grand-prince en ennemis. Mais le cercle de leur ambition reste rétréci au milieu d'une foule d'autres prétentions qui les environnent. Ils ne peuvent que dilapider la fortune publique et particulière par leurs exactions , et venger, sur Ihéritieï des Grands-princes , la déchéance de leurs aïeux , par les humiliations dont ils l'abreuvent.
L'empire est une proie qu'ils laissent déchirer aux Tatars , pendant qu'eux-mêmes l'épuisent par leurs rapines , par leurs discordes , et l'ensanglantent de leurs proscriptions, qu'ils ne daignent même pas couvrir du nom de leur royal pupille; car le jeune hvan n'est pas plus épargné que ses sujets. Son trésor est pillé .
son domaine envahi; maîtres de son palais, ces grands boyards semblent IV souffrir avec peine : ils se plaisent à l'avilir. On a vu vSchouïsky , dans sa grossière brutalité , étendre insolemment ses jambes . et souiller du poids indigne de ses pieds le fils de tant de souverains.
Cependant, l'infliience des Belskj et du métropolite, qu'augmente tout à coup une invasion des Tatars, réveille le patriotisme des nobles , rétablit quelque ordre . et rend au jeune Iwan un instant de dignité. Mais le danger fini . les Schouïsky reparaissent ; ils surprennent Moscou au milieu de la nuit , et s'emparent du palais; ils poussent leur brutale irruption jusqu'au lit de leur jeune maître, qu'ils font passer subitement du calme d'un profond sommeil à toutes les palpitations de la terreur.
Ils arrachent violemment de ce refuge le métropolite qu'ils maltraitent , qu'ils cassent , qu'ils remplacent , et le prince Belsky qu'ils égorgent. Iwan les implore , ils dédaignent ses prières qu'ils couvrent de leurs vociférations; s'il ordonne , ils se plaisent à désobéir ; s'ils lui voient regretter sa mère , jadis leur victime , leurs moqueries tournent eu ridicule sa piété filiale.