CHAPITRE VT
temps oppressée de son poids, sa première jeunesse vient de se plaire à s'en débarrasser sur tout son peuple ; et voilà cette terreur qui rejaillit sur lui de toutes parts en brandons enflammés, en cris raenaçans, et avec le sang des Glinsky , que le peuple fujieux vient de mettre eu pièces.
Au milieu de ce bouleversement, Sylvestre, un moine, un de ces inspirés qui parcouraient alors la E-ussie , et osaient, comme les prophètes juifs , ou comme les derviches , s'attaquer même aux souverains, apparaît au jeune despote épouvanté. Il s'approche, l'Evangile à la main, l'œil menaçant, le doigt levé, et d'une voix solennelle , dans ces flammes , ce sang , ces cris furieux , dans ces membres de ses parens déchirés, il lui montre le courroux du ciel , que ses passions ont enfin allumé. H joint à ces menaces effrayantes l'infaillible effet de certaines apparitions alors surnaturelles ; et par là , ébranlant fortement cette ame faible, il s'en empare.
Alexis Adascheff le seconde ; tous les deux environnent le jeune tyran de prêtres et de boyards sages et habiles ; et soutenus par la ieune et vertueuse Anastasie, sa première et
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nouvelle épouse, pendant treize ans ils font jouir la Russie d'un bonheur inespéré.
Tout alors s'apaise et s'ordonne; l'armée est régularisée; les strélitz, milice permanente de fusiliers , sont créés ; sept mille Allemands soldés et entretenus ; une l'épartition plus juste , plus égale de fiefs militaires , de service et de contingent de guerre, est accomplie ; tous les propriétaires de terres quelconques , comportant trois cents livres pesant de semence de blé, sont soumis à fournir un cavalier tout armé, ou son évaluation en argent; une solde de guerre est établie , elle est même doublée par encouragement, pour ceux des enfans boyards qui fourniraient un contingent excédant le tarif; les foices de l'empire s'en accroissent tellement, qu'elles sont dès-lors estimées à trois cent mille hommes. La présence du prince à ses armées y rétablit l'ordre^ en même temps qu'elle y excite l'ardeur; Kasan est encore usie fois réduite; le royaume d'Astrakhan conquis ; des forteresses qui tiendront en bride les Tatars s'élèvent , et quatre-vingt mille Turcs envoyés par Sélim ÏI contre Astrakhan , périront dans les déserts qui l'environnent. Cependant, la grande pensée du