CHAPITRE \IL
L'heureux ascendant d'AdaschefF dura treize ans. Toute la gloire des cinquante années du règne d'Iwan IV est renfermée dans ce court espace: elle appartient à ce ministre. Iwan luimême, en i563, l'atteste en le maudissant; car, à cette funeste époque , il semble que la mort de la douce Anastasie, et qu'une maladie violente du despote , aient bouleversé ses facultés jnentales.
Une terreur salutaire avait comprimé sa férocité ; une autre terreur la déchaîne. D'infâmes délateurs s'insinuent; ils imputent aux ministres qu'ils veulent remplacer, la mort de la czarine , l'insubordination des boyards , qu'il disent près d'éclater ; et , faible comme la férocité , le superstitieux Iwan se persuade qu'Adasclieff et Sylvestre n'ont pu régner si long-temps sur son esprit, que par des maléfices.
Enfin , dans une lettre encore existante , Tin-
icnsé les accuse , comme d'une longue suite d'attentats , de tous les bienfaits dont la Russie lui attribuait la gloire ; car le barbare écrivait ; ses lettres et beaucoup de ses discours sont même remarquables. Comme la plupart des insensés , parfois ce frénétique étincelait d'un esprit qu'il étalait eu sopbismes , se piquant d'instruction , et rencontrant souvent dbeureux raisonnemens.
Dans ses actions , on pourrait de même voir parfois dominer une profonde astuce. En i566, prêt à commencer une guerre dangereuse, il rassemblera des états généraux composés de trois cent trente-neuf membres, prêtres, nobles, bourgeois et marchands. 11 leur soumettra ses négociations avec la Pologne au sujet de la Livonie; iî leur montrera l'importance de conserver ce débouché au commerce russe; il se fera déclarer par les évêques qu'il ne leur appartient pas d'oser donner des conseils à leur czar ; par les nobles, qu'ils sont prêts à verser tout leur sang pour lui : par les bourgeois et marchands , que toutes leurs richesses lui appartiennent.
]Mais déjà . les modernes Sénèque et Burrhus de ce Xéron du Nord avaient éprouvé une destinée semblable à celle des deux sages miuistrcs