CHAPITRE VII
du Néron de Rome ; dès-lors , ivre de sang , égaré de terreur, la vie du tyran moscovite n'est plus qu'un long crime , une folie furieuse dont toutefois on aperçoit le principe , et dont, au milieu des écarts d une imagination ardente et désordonnée , on peut démêler et suivre l'idée fixe. C'est un instinct de despotisme de droit divin héréditaire , inné , que trouble la peur ; ce sont dix-sept années de terreur, reçue ou rendue sans mesure dans son enfance et sa première jeunesse , qui l'emportent sur treize années d'efforts contre nature. 11 semble voir un jeune tigre qu'on a tenté d'apprivoiser, et qui retourne avec une horrible ardeur à ses premières inclinations.
Déjà, en i552 , à la prise de Rasan , sa passion avait percé. Apostrophant les grands qui l'entouraient : Enfin, s'était-il écrié. Dieu nia préservé contre vous!
Toutefois, Adascheff l'avait contenu dix ans encore; mais , en i563 , cette première terreur, dont les grands ont frappé son enfance, est comme un fantôme effrayant qui se réveille en lui ; désormais , ce mauvais génie sera toujours présent à sa pensée. Bientôt la puissance de
25o LIVRE IV.
Si^ismond , qui réunit alors la Lithuanie à la Pologne, et qui lui ciispute la Livonie, celle du grand Etienne Battori , successeur de Sigismond, dont Iwan sent la main vigoureuse, aigriront sa tremblante et folle fureur; le soupçon de la connivence de ses sujets avec ces princes augmentera sa frénésie.
Dans cette fièvre ardente et continue de vingttrois années , les Russes comptent six redouble" mens ; dès le premier, que provoque la fuite en Pologne du prince Rourbsky % il accuse ce prince du projet de se rendre souverain d'Iaroslaf : il ne conçoit pas que , sans craindre de perdre sou ame devant Dieu , ce sujet ait osé lui dérober sa tête.
11 récrimine sur les attentats des boyards pen dant sa minorité; ce souvenir Toflusque, l'impression en est ineffaçable ; et l'insensé , croyant voir une vaste conspiration des grands sans cesse ourdie contre son pouvoir, se retire au loin dans Alexandrowsky, forteresse entourée d'une sombre foret, digne repaire de tyrannie. L'imagination du poète moraliste, dans sa des-
» V. les lettres d'iwan et celles du prince Kourbsky.