CHAPITRE IX
qui pouvait gêner les vues d'un prenoier ministre. Cet intervalle immense de terreur entre le trône et ses sujets , fut un champ libre à l'ambition d'un visir qui y restait seul avec le prince.
Aussi, Fœdor se trouvant faible, eut-il son ministre pour successeur , et la race de Rurick finit en lui.
Car c'est le danger du despotisme pour le despote , que l'autorité qu'il confie est nécessairement despotique comme la sienne. Elle l'est même plus ; et le ministre , à cause des dangers soudains qu'il court, est forcé d'être doublement despote pour son souverain et pour lui. Ainsi , par cette raison que le despote ne serait point despote sans terreur, son ministre ne serait pas ministre sans une plus grande terreur.
Dans cet état de choses , qu'un despote se tiouve faible, et qu'un enfant soit le seul obstacle à l'ambition de son ministre , n'est-ce point un hasard si la dynastie ne s'éteint point en lui?
C'est ce qui arriva sous Fœdor , et ce qui mit Boris Godounof sur le trône : car enfin , qui pouvait s'y opposer? les princes du sang des
autres branches? Ils avaient été confondus dans la noblesse! La noblesse? elle était écrasée! Le clergé? il lui fallait avant tout de l'ordre et un maître ! Les grands du jour? c'étaient des êtres éphémères, créatures du ministre! L'armée , la garde? c'est encore, en pareil cas, le ministre qui la paie, la compose et la commande ! Le peuple ? eh , que lui importe ! il n'a point connu ni senti le despote; ce sont des révolutions de cour , qui n'arrivent pas jusqu'à lui ! C'est l'affaire des grands.
Voici donc l'histoire d'une noblesse et d'une dynastie terminée , comme elle le sera souvent par celle du despotisme.