CHAPITRE I
Ce caractère de despotisme et de servitude est profondément gravé chez les Russes. Il y a toujours une cause principale au caractère distinctif d'une nation. Le bien qui résulte d'une institution mène toujours un peuple à en adopter l'esprit , à en abuser ou à se plier à ses abus. Une religion ennemie a subjugué l'Espagne ; c'est par la religion que l'Espagne s'en est affranchie, et le fanatisme règne encore en Espagne. Un despotisme étranger , celui de l'Asie centrale réunie , a enchaîné la Russie faible par l'anarchie ; c'est par la concentration du pouvoir que la Russie a recouvré son indépendance, et le despotisme s'est établi sans obstacle en Russie.
Mais il y a d'autres causes particulières de
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despolisme dans cet empire. L'étendue et la dépopulation y nuisent à l'ensemble; elles empê-. client , avec le climat , les rassemblemens longs et considérables ; elles font sentir la faiblesse par l'isolement, elles entretiennent l'aveugle et crédule ignorance , en interceptant la communication des idées; elles font que, voyant peu, l'on n'y peut juger , faute d'objet de comparaison ; ce qui ne laisse qu'un petit nombre d'idées, auxquelles on tient d'autant plus, qu'alors l'habitude y est plus forte par un retour continuel.
Ainsi , sans aucune de ces relations qui éclairent, les Russes d'alors ne pouvaient pas se faire d'opinion publique ; il fallait qu'ils la prissent à la cour du Grand-prince ; c'était leur oracle, ce fut leur despote.
Toutes ces causes, si favorables au despotisme, avaient destiné de tout temps les Piusses à l'esclavage.
Toutefois, on croit en apercevoir quelques autres. La guerre dernière a fourni de nombreuses preuves à l'opinion de Montesquieu sur l'insensibilité physirue des Russes. Cette grossièreté de sens de la classe inférieure ne peut pas être exclusivement particulière à leurs