‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand (volume 2)Chapitre 134 sur 189 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

leur caviar, à Saint-Nicolas et à Archangel , que leur pays était le grenier, le chantier de l'Europe , et que , sans eux , l'on y mourrait de froid et de faim. Il faut encore les voir s'imaginer être le peuple le plus instruit de la terre , quand l'astronomie, l'anatomie et la plupart des sciences, leur paraissaient des arts diaboliques ; quand il n'y avait pas même trois de leurs prêtres qui sussent le grec ; quand ils ne savaient compter que par des boules enfilées , et quand des peaux de bêtes étaient encore la monnaie courante. C'était là qu'un noble se faisait remplacer par un de ses serviteurs pour la peine corporelle infligée au parjure , et que devant le Czar et à lui-même , on osait dire : Tu mensy sans croire injurier ; car les injures étaient punies par des amendes , par à^s coups , par l'exil ; les duels judiciaires n'ayant point encore introduit ces autres duels , qu'ailleurs l'honneur exige.

Pour des gens si grossiers, les peines étaient grossières , et les supplices affreux , faute de mœurs et d'honneur.

Des coups de fouet et une flétrissure publique punissaient le péculat ; mais on rentrait en place

en sortant des mains du bourreau; ce qui perdait d'honneur la place, et ôtait le déshonneur à la punition , ou plutôt ce qui supposait un manque d'honneur général.

L'usage des Grands-princes de choisir leurs femmes au milieu des filles de la noblesse réunies ; l'esclavage des prisonniers de guerre ; les longues méridiennes ; le respect , le goût pour l'embonpoint ; le silence absolu devant le Czar, tel qu'au dire d'un étranger, en fermant les yeux au milieu de la cour la plus nombreuse , on eût pu se croire dans un désert; les bazars ; le pugilat; les pleureuses louées pour les enterremens : l'habit long , qui peut convenir aux Asiatiques , la douceur de leur climat invitant à la paresse , que ce vêtement favorise ; les longues barbes ; l'habit de moine dont Iwan IV, ainsi que plusieurs de ses prédécesseurs, se fit revêtir à sa mort; enfin la composition de sa cour, à la fois si grossière et si somptueuse ; tout cela montre que cette nation n'avait pris des Grecs et des Tatars que ce qu'il était le plus facile d'en acquérir ; des usages , des préjugés et des vices.

Ces mêmes usages avaient exclu les femmes de

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