CHAPITRE IV
cantonné au milieu d'un peuple conquis ; et si , là comme ailleurs , cette fière origine n'a point promptement transformé , dans la main de ces nobles , ces cantonnemens en (îefs , et ces fiefs en souverainetés , c'est que les mœurs , les lieux , les temps et les circonstances se sont réunis contre une marche si naturelle.
En effet , la noblesse russe n'a point été comme celle du reste de l'Europe , rivale de l'autorité souveraine ; elle ne fut jamais comptée que comme une milice fidèle , suivant les mœurs de ses aïeux et l'esprit de son institution.
Néanmoins , on se rappelle que le seigneur de PoloLsk s'était déjà affranchi sous Vladimir de l'autorité du prince, comme en France nos comtes. Mais comme il y avait peu de villes, el qu'il y eut bientôt autant de princes du sang que de villes , elles devinrent l'apanage des princes avant que les seigneurs, trop éloignés l'un de l'autre , eussent pu faire corps et s'y maintenir.
Aussi, qu'un seul noble ait osé lutter contre un seul prince apanage, c'est une chose inouïe dans l'histoire russe; tant ces nobles restèrent faibles , sans exception , devant la multiplicité
des princes du sang , et par la rareté des villes , qui suffisaient à peine aux apanages, de sorte qu'il n'y en eut que pour les princes '.
Au milieu de ces vastes déserts , ces villes populeuses et fermées devaient être d'une grande importance relative. Les voyageurs du quinzième siècle disent qu'il n'v avait alors que les environs des cités qui fussent cultivés. Ces cités étaient si considérables, qu'en 1602 Moscou put perdre cent mille homuies par diftérens fléaux. On connaît la population de Novgorod. Cela ne pi ive pas que le pays fut plus peuplé qu'aujourd'hui , mais seulement que , dans ces temps de désordre et de barbarie , la crainte rassemblait et resserrait dans leurs cités des peuples , qui, s'ils étaient restés dispersés dans les campagnes , n'auraient pu y vivre en sûreté.
La même crainte retint les nobles dans ces villes ; et vraiment, la fîère et orgueilleuse individualité, et l'isolement de la vie féodale,
» Entre autres exemptes, remarquez que, sous Vladimir-le Grand , Rostot" et Mouroum, tiefs appartenant, depuis Piurick , à des chefs varègues , leur lurent retirés pour être donnés aux fils du Graud-prince. ( Karamsin , vol. I , page 2()4- )