CHAPITRE IV
étaient-ils possibles dans un climat si dur , si triste; sur un sol si dépeuplé , si plat , partout accessible , surtout en hiver , et menacé par des incursions si furieuses et si subites ?
Or , cette noblesse dut rester sans force et sans indépendance personnelle, dans un pays où les cités seules pouvaient être protectrices. En effet, tout lui manquait dans les champs déserls, jusqu'aux pierres , et jusqu'à ces positions escarpées, indispensables à la construction de ces châteaux forts , dont ailleurs elle couvrit fEurope. C'est pourquoi elle fut obligée de résider dans ces villes , et de dépendre d'elles ou des princes qui les gouvernaient.
Ce ne fut donc pas seulement la multiplicité des princes , ce fut la puissance des cités , et la nécessité d'y vivre , qui firent la faiblesse des nobles russes ; car la noblesse est campagnarde de sa nature ; dès qu'elle se mêle à de grandes réunions d'hommes , qui s'éclairent et reconnaissent leur force par leur rapprochement , elle succombe sous la puissance de tant d'intérêts et d'araours-propres réunis , ou devant celle du prince qui s'en fait le protecteur.
Aussi, est-il prouvé que, dans la riche et
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puissante Novgorod , toutes les fonctions , jusqu'à celles de boyard ^ , étaient encore, à la fin du quinzième siècle, électives et tennporaires.
On voit , dans la vie d'Isiaslaf ( douzième siècle ) , que les bovards étaient les serviteurs des princes, et qu'ils jouissaient alors de peu de considération; un discours de Swiatoslaf (i i^6) prouve que le boyard payait de sa tête , les crimes qui n'auraient coûté à un prince que son apanage.
Le serment qu'Iwan III exige des boyards qui demandent à passer à son service, fait comprendre toute leur sujétion. La loi de Novgorod montre avec quel soin les villes contenaient leurs bovards ; le boyard novgorodien convaincu de violences , payait cinquante roubles, tandis qu'en pareil cas le citoyen distingué n'en payait que vingt , et le reste dix.
De ces faits , il résulte qu'on ne distingue guère de noblesse féodale en Russie, que dans les princes apanages ; les nobles étaient plutôt leurs gardes et des notables , parmi lesquels l'é-
■ Ce nom de Boyard venait de àoje ( combat )j car la valeur commença partout la noblesse.