CHAPITRE IV. 3oi
galité des partages de succession jiisqu'àPierreleGrand , et quatre siècles de bouleversemens continuels , perpétuèrent l'amovibilité des fiefs , des places, et même des propriétés.
Ce fut surtout la fréquence des révolutions d'apanages qui fit sans cesse changer de mains ces propriétés; il fallait bien que chaque nouveau prince satisfît ses gardes et ses créatures, et cela seul établissait de fait l'amovibilité.
Toute espèce de succession fut donc sans cesse interrompue parmi ces nobles ou notables , c'est-à-dire parmi les officiers civils et militaires, et les cavaliers des princes et des villes, possesseurs précaires de terres , de solde et de dignités , avec charge de service civil et militaire.
Il en advint que , ne pouvant acquérir de considération que par ces places et charges temporaires , ces nobles restèrent obscurs sous les étendards des villes et de cette foule de princes du sang, qui formait la haute et véritable noblesse.
N'oublions pas que la liberté se vendant , et l'esclavage de la glèbe n'existant pas encore, les riches et les puissans durent tout attirer à eux, I. 26
3o2 XIVRE V.
métayers, hommes à gages, et jusqu'à ces nobles; or, CCS riches et ces puissans ne pouvaient être que les princes , ce qui dut tenir encore les nobles en faiblesse.
Aussi , malgré l'inlervenlion des enfans boyards , dotés par Iwan III , l'on retrouve au seizième siècle , comme dans le code du onzième, la justice encore entre les mains de jurés, de notables et d'anciens du lieu , ou dans celles de juges choisis par les princes. Les amendes, punitions de la plupart des délits , sont toujours versées au trésor du prince ; la justice demeura donc au trône, et il n'y eut point en Piussie , comme ailleurs . d'usurpation de la noblesse sur cette principale partie de la puissance sou- ^eraine.
Voilà pourquoi , jusqu'à la fin du quatorzième siècle, l'histoire russe ne tient compte que de deux jpuissances , celle des princes et celle des cités. Ces causes sont tellement celles du peu d'éclat de la noblesse jusqu'à Dmitry Donskoï ( i364) , qu'on la vit tout à coup marquer dans l'histoire dès que les princes russes furent confondus avec elle, et les Tatars chassés. Ses premiers noms de famille ne datent