CHAPITRE ni
Qui oserait s'attaquer à Dieu et à Nougorod la grande ?
On sait aussi que déjà le commerce de Novgorod s'étendait en Perse , jusqu'aux Indes mêmes , et de Byzance à Winettes, ville slave très-commerçante de rembouchure de l'Oder. On sait encore que , vers le milieu du neuvième siècle , l'anarchie y naquit, ou de l'abus de la liberté, ou de l'orgueil de la richesse.
Dans cet état de choses , un fait géographique dut attirer la guerre sur Novgorod. Son commerce le plus actif se faisait par la Baltique; il passait au milieu des Varègues russes, guerriers Scandinaves, alors maîtres de celte mer. Il fallait donc obtenir ce passage par un tribut ou par la force : on se battit , et les Novgorodiens furent tributaires.
Remarquons ici celte position des trois princes russes dans Ladoga, Bielozero et Isbork , autour de la commerçante Novgorod , dont ils occupaient ainsi tous les débouchés. Plutôt que d'abandonner toute idée de négoce et de changer ses mœurs, Novgorod dut se soumettre; et c'est pourquoi , sans doute , Rurick en prit paisiblement possession.
On assure qu'alors il se fît appeler Grandprince ; ce qui suppose d'autres princes ; qu'il agrandit la ville , lui donna des lois , et que pourtant Vadiine le brave , chef du parti républicain , se révolta. Mais s'il est difficile dans un pays civilisé, de contenir une armée indigène, comment croire à la modération d'une armée de pirates sur un sol étranger ? On a même des traces du gouvernement militaire que Rurick apporta du Nord. Toutes les villes furent distribuées à ses compagnons de guerre ; mais que le tort ait été aux protecteurs ou aux protégés , le fait est que le pays , partagé entre les guerriers de Rurick, devint russe, et que c'est de cette époque, que date ce nouveau nom de tant de peuplades finoises et slavonnes de la Russie d'Europe , et le principe de leur esclavage.
Quant à la conquête de Rief , par Askold et Dir , sujets de Rurick , on n'en connaît point la cause , ni celle de leur expédition sur Constantinople * , qu'ils épouvantèrent , qui les repoussa , et d'où ils rapportèrent à Rief les premiers germes du christianisme.
t V. Karamsin , Photius et Constantin Porphyrogénète.
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