CHAPITRE VI
une grande étendue , chez des peuples barbares , était inconnu chez les Slaves qui se trouvaient là chez eux de temps immémorial , et parmi lesquels aucun conquérant ne s'était arrêté. C'est pourquoi aucun grand empire , avant Rurick , n'avait pu s'y former, et pourquoi l'on a vu qu'il trouva le pays divisé en petites républiques isolées, et faciles à conquérir.
Remarquons , à ce propos , que cette division fut celle de tous les peuples primitifs. On pourrait en conclure que les Slaves furent les premiers habitans de la Russie centrale. Dès qu'un grand empire existe , il faut chercher les étrangers qui l'ont fondé.
Mais en terminant cet examen des principales causes d'un si prodigieux et si prompt agrandissement , nous admirerons tout ce que fît la Providence pour l'élévation de cet empire , et comme alors elle produisit à propos de grands hommes pour le fonder , l'affermir , l'étendre et le relever.
Considérons ici la durée et l'esprit de leurs règnes, deux objets qui, dans l'établissement des grandes dynasties , sont dignes d'une sérieuse attention.
Rurick règne dix-sept ans , Oleg trentequatre, Igor trente-sept; ce qui donne aux Slaves le temps de devenir Russes.
Oleg est un grand homme, qui se couvre de tant de gloire , de Novgorod à Byzance qu'il rançonne, que ses nouveaux sujets le croient
magicien,
La nation devait avoir besoin de repos ; Igor , puis Olga, régnent plus pacifiquement. Leurs nouveaux sujets allaient se soulever ; le célèbre voiévode Sweneld les contient.
Peut-être les Russes allaient-ils s'assoupir; un prince, guerrier avec rage , S^viatoslaf , leur communique sa fureur, et leur rend toute la dureté de leurs anciennes mœurs.
Oleg avait transporté le siège du gouvernement de Novgorod à Kief ; ce Swiatoslaf, attiré par Bjzance, prétend le pousser encore plus excentriquement jusqu'en Bulgarie ^ S'il eût réussi , son successeur aurait été plus loin encore, et Rurick, au lieu d'être le fondateur d'un grand empire , n'aurait plus été que le premier chef de l'un de ces grands et passagers
' Celle d'occideut, l'ancienne Mœsie.