CHAPITRE ï. 8t
On doit croire aussi que la génération qui vieillissait eut l'amour-propre de ne pas vouloir que celle qui la remplaçait , lui devînt si supérieure. Quand on a vieilli , peut -on souffrir de s'entendre dire , que tout ce qui vous a occupe et distingué toute votre vie , n'est qu'ignorance, barbarie , insuffisance , grossièreté ? Perd - on ainsi les droits de l'expérience , le seul bien qui reste aux vieillards , et si cher acheté.
Ajoutons que , dans ces temps barbares , le défaut de tactique et le genre des armes laissaient tout l'avantage à la force physique ; ce qui donnait aux exercices du corps la priorité sur ceux de l'esprit.
Et puis , les différens sacs de Kief , dès le commencement des partages de l'em pire , détruisirent dans son principe tout l'ouvrage d'Olga, de Vladimir et d'Iaroslaf.
Contre une barbarie volontaire et générale, les moyens d'instruction sont si faibles , que le prince , loin de les diviser pour les répandre , est forcé de les réunir sous sa protection ; il faut qu'il appelle d'abord les générations naissantes autour de lui , pour qu'elles viennent y chercher l'instruction, qui ne peut les aller
chercher : c'est pourquoi , les principes de la civilisation durent être long-temps renfermés dans une seule ville.
Or. nous allons voir, dans cette seconde période de l'histoire russe , que cette ville , prise en 980 par les Varègues de Vladimir , brûlée en ioi5 par ceux d'Iaroslaf, et déjà pillée en 10 18 par les Polonais, fut prise et reprise par eux en 1069 et lo-'j; et qu'enfin, après avoir passé violemment de mains en mains pendant encore un siècle, elle fut saccagée camplétementen 1 169 . et à peu près détruite en 1201.
Dans la destruction de cette Rief , de cette mère de toutes les villes russes , aurait été comprise celle de la civilisation , si l'intelligence humaine n'était un sol tellement propre à cette semence, que dès que son geime y est jeté , il devient indestructible.
Toutefois, la Grande-principauté passa de Rief à Vladimir ; la navigation du Borysthène , de plus en plus contrariée par les TatarsPolovlzy et autres , fut oubliée. Les Grands-princes s'éloignèrent ainsi des Grecs, qui les civilisaient, quand ces Grecs s'éloignaient d'eux , repoussés par les troubles civils de la Russie.