CHAPITRE I
C'est pourquoi , vers le milieu du douzième siècle (i i68), date de la chute de cette seconde capitale des Russes, les mœurs deviendront plus sauvages, ou plutôt ce seront d'autres mœurs ; ce ne seront plus celles de cette Kief, qu'adoucissait Byzance, mais celles du centre de la Russie, encore païenne et barbare, au milieu de laquelle le siège du gouvernement aura reculé. Les duels judiciaires s'ajouteront alors aux épreuves du feu et de l'eau ; les assassinats politiques et les guerres civiles se multiplieront; un singulier ordre de succession se joindra à tous ces désordres. L'empire , ainsi déchiré, restera ouvert aux Polonais, aux Hongrois, et surtout aux Tatars Polovtzy , qui aideront les princes russes à le dévaster ; enfin , les Tatars Mongols se présenteront; l'Etat, morcelé, résistera sans ensemble , et sera détruit.
C'est alors que dans cet abîme , et pendant plusieurs siècles , l'invasion tatare versera à plein bord ses barbaries , ses perfidies, et tous les vices de l'esclavage. Le vol , comme une maladie contagieuse , attaquera toutes les propriétés^. L'oppression, avec son odieux cor-
» Karamsin.
tége de haines, de ruses, de dissimulations, de mœurs sombres et farouches , d'cmpoisonnemens , de mutihitions et d'horribles supplices, s'élabh'ra ; elle s'étendra sur toute celte contrée ; elle pénétrera dans tous les cœurs, qu'elle flétrira et abrutira pendant deux siècles.
Une si affreuse tyrannie légitimera tous les moyens d'y échapper; alors, tout sera confondu : la distinction du bien et du mal s'eifacera ; ils auront ôlé au crime sa honte , au châtiment son infamie î Le nom même de l'honneur disparaîtra ; ce sera l'empire de la peur î
Dans la seconde période oii nous entrons , au commencement du douzième siècle, \ladimir Monomaque,ce héros chrétien, pourra dire encore : Ne faites point périr même le coupable, car la vie du chrétien est sacrée. Mais à la fin du quatorzième siècle , quand son esprit revivra dans le grand Dmitry Donskoï , on verra c(r digne descendant du héros chrétien des Russes contraint de rétablir la peine de mort. Bientôt, la justice de ses successeurs deviendra de plus en plus féroce , soit que les mœurs tatares aient prévalu, soit nécessite, et pour proportionner aux crimes les supplices.
XVVXVVV» VVV\A/VV\A'VV\VVV'\AAAA(V\X)^ VVV^'VVV\^A/V\VV\A^,A.V\VVV\A'V^