CHAPITRE III. gg
» ni la solitude, ni la vie monastique , qui vous » donneront la vie éternelle , c'est la bienfaii> sance seule.
» Servez de pères aux orphelins ; jugez vousî» mêmes les veuves. Ne faites mettre à mort :> ni innocent ni coupable , car rien n'est plus » sacré que la vie et l'ame d'un chrétien.
- )) Ne vous éloignez pas des prêtres ; faites- )> leur du bien , afin qu'ils prient Dieu pour )> vous.
5» Ne violez pas le serment prononcé sur le » crucifix. Mes frères m'ont dit : Aidez-nous à î) chasser les fils de Rostislaf et à nous emparer 5) de leurs provinces, ou bien renoncez à notre » alliance. — Mais je leur ai répondu : Je ne î> puis oublier que j'ai baisé la croix.
)» Songez bien que l'homme doit être tou- » jours occupé; soignez donc vous-mêmes vos )) affaires domestiques , et fuyez l'ivrognerie et n la débauche.
» Aimez vos femmes , mais ne leur laissez î» aucun pouvoir sur vous.
)> Cherchez sans cesse à vous instruire. Sans )> être sorti de son palais , mon père parlait )) cinq langues, chose que les étrangers admi- )• rent en nous.
lOO LIVRE II.
>» En guerre, soyez vigilans ; servez d'exemple » à vos Voié\ odes ; ne vous livrez au repos qu'a- )• près avoir placé vos gardes. Ne vous désar- » mez jamais à portée de l'ennemi ; et , pour » éviter toute surprise , soyez à cheval de bonne )• heure.
)> Lorsque vous ferez un voyage dans vos » provinces , ne souftrez pas que les gens de » votre suite fassent la moindre injure aux ha- )) bitans , et traitez toujours, à vos dépens, le )) maître de la maison dans laquelle vous vous » arrêterez.
)» Si vous éprouvez quelque indisposition , )) faites trois prostrations jusqu'à terre devant > le Seigneur , et que le soleil ne vous trouve ;t jamais sur votre lit. Aux premières lueurs du :> matin , mon père , et tous les hommes ver- !> tueux dont il était entouré, faisaient ainsi; » ils glorifiaient le Seigneur ; ils s'asseyaient en- )> suite pour délibérer , ou pour juger le peu- » pie, ou bien ils allaient à la chasse et dor- )> niaient dans le milieu du jour; ce que Dieu » a permis à l'homme , comme aux bètes et aux )> oiseaux.
1) Quant à moi , je m'étais habitué à faire
LUAl'lTRE m. lOl
!» moi-iuêiiie tout ce que j'aurais pu ordonner
)> à mon serviteur; nuit et jour , été comme
» hiver , j'étais dans une continuelle activité;
» je voulais tout voir pai- mes yeux. Jamais je
» n'ai abandonné les pauvres ni les veuves aux
» vexations des puissans. Je m'étais fait un de-
» voir de l'inspection des églises et des cérémo-
> nies sacrées de la religion , ainsi que de
!> l'économie de mes biens , de mes écuries , des
'> vautours et des faucons de ma vénerie.
)» J'ai fait quatre-vingt-trois campagnes et
)> bien des expéditions ; j'ai conclu dix-neuf
» traités avec les Polovtzy ; j'ai pris cent de
î> leurs princes à qui j'ai rendu la liberté ; j'en
» ai fait mourir deux cents en les précipitant
î) dans les rivières.
j> Personne n'a voyagé plus rapidement que
)> moi. Parti le matin de ïchernigof , j'arrivais
)> à Kief avant vêpres ^ .
)> Dans ma jeunesse , que de chutes de cheval
)» n'ai- je point faites ! me blessant aux pieds ,
;> aux mains , me brisant la tête contre les ai-
1» bres; mais le Seigneur veillait sur moi.
' 11 y a , de Kicf à Tchernigof , Irentt-six lieues.
)i A la chasse , an milieu dei plus épaisses
» forêts , que de fois j'ai uioi-même atteint et lié
!» ensemble des chevaux sauvages! Que de fois
;> je fus renversé par les bufiles , frappé du
;> bois des cerfs , foulé aux pieds des élans ! Un
n sanglier furieux m'a arraché mon épée de ma
î) ceinture 5 ma selle fut déchirée par un ours ;
» cette bête terrible se jeta sur mon coursier
;> qu'elle fît tomber sur moi ; mais le Seigneur
» me protégeait.
î) O mes enfans! ne redoutez ni la mort, ni
5> les bêtes sauvages ; confiez-vous à la Provi-
>» dence, elle est au-dessus de toutes les pré-
» cautions humaines. >
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