CHAPITRE IV
Vladimir Monomaque , à force de vertus , vient de dominer la première partie de cette seconde période. Entre lui , le méchant Oleg et sa race , on a cru reconnaître le combat du bon principe contre le mauvais , où celui-ci a succombé, mais momentanément; car le bien tenait à un seul homme , et le mal à l'état des choses.
Aussi, Vladimir mort , voit-on le vice féodal , et ce pernicieux ordre d'hérédité que réclament les descendans d'Oleg , remettre à tous ces princes les armes à la main , et les placer , comme en état de nature , les uns contre les autres. Dans les trente-deux ans qui séparent le règne de Vladimir Monoraaque de celui d'André de Souzdal , les deux seuls grands hommes de cette seconde période , les princes russes et les apanages se multiplient à l'infini. Dans ce court intervalle, onze d'entre eux , la plupart descendans d'Oleg et de V^ladimir renouvellent le com-
bat de leurs pères avec des fortunes diverses : ils obsèdent, ils assiègent ce trône barbare, et s'arrachent l'un à l'autre cette informe suzeraineté.
Enfin , vers le milieu du douzième siècle, de partages en partages , de guerres civiles en guerres civiles , la Grande-principauté se trouve à peu près réduite à la ville de Rief. Sa suzeraineté n'est plus qu'im vain titre , et pourtant, soit puissance des noms , soit qu'elle fût toujours cette Capoue , cette Babylone des Russes, métropole de leur religion , entrepôt de leur commerce , source de leur civilisation , toute l'anarchie des princes apanages continue à s'acharner sur elle ; l'œil se trouble dans cette confusion.
On y distingue toutefois encore , quelques traces de cette lutte des descendans de Vladimir Monomaque et de ceux d'Oleg. Ceux-ci , que ré[>rouve toujours le peuple , s'appuient sur les barbai-es nomades du Sud ; ceux de 3Ionomaque , sur l'amour de leurs sujets et sur les Hongrois , qui , du moins . sont égaux aux Russes en civilisation. 11 semble par là que ces descendances, telles que celles de Caïn et d'Abel , aient conservé renipreinle de leur origine.
CUAEITRE IV.
Mais alors , l'un de ces princes apanages, celui de Souzdal , domine ce chaos. Il donne même pendant quelques instans l'espoir qu'il va le débrouiller. Tel que le chef de la troisième dynastie française , son patrimoine fait sa force. La principauté de Souzdal se compose des gouvernemens actuels d'iaroslaf , de Rostroma , de Vladimir , de Moscou , et d'une par tie de ceux de Novgorod , de Twer , de Nijni Novgorod , de Toula et de Kalougha. Mais celle vaste contrée , centre de la Russie , paraît au prince qui y règne, un triste lieu d'exil. Il n'y voit , dit-il , qu'un ciel rigoureux , des déserts sauvages , de ténébreuses forêts , et des peuples plongés dans l'ignorance. Kief seule peut le séduire; il s'en empare, ou plutôt c'est Rief qui s'empare de lui ; et bientôt il y meurt , plus encore de voluptés que de vieillesse.
Aussitôt, toute la cohue des princes apanages se relève ; ils se ruent de nouveau sur ce trône de Rief, qu'ils escaladent, et sur lequel ils passent et repassent avec une telle rapidité, que le regard se perd à vouloir les suivre.
Un seul, dont la jeunesse fut celle d'Achille, s'est retiré de cette tourbe ambitieuse : c'est
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André, l'héritier de Souzdal. Il voit ce grand apanage d'un regard tout opposé à celui de son père : »: Là, dit-il , régnent encore la simplicité » des mœurs , Tobéissance du peuple et le dé- )) voûment des Boyards ; tandis qu'à Kief , > ville frontière des Hongrois, des Polonais, des » Poloytzy, tout n'est que pillage, meurtres, )> guerres civiles et étrangères. »
Aussi, pendant qu'il laisse les aulres princes, avec tout ce qu'ils ont de passions et de mains avides, se déchirer, s'épuiser autour de cette Kief, lui la méprise ; il se tient à l'écart dans son patrimoine. Là , il semble réflédiir proforh dément sur les maux de sa patrie. C'est surtout dans la position excentrique de Kief, et dans les partages de l'empire , qu'il en voit la cause.
C'est pourquoi, dans son vaste domaine, il se refuse à toute concession de territoire, même en faveur de ses plus proches parens ; et il commence un combat à mort contre les apanages. C'est encore pourquoi il rend sa Vladin)ir digne d'être la capitale des Russes , pourquoi il agrandit Moscou, création de son père, fonde autour de lui une multitude de villes, les peuple de ces grands Bulgares du Volga , qu'il fait