‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand (volume 2)Chapitre 62 sur 189 · CHAPITRE II. la · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. la

taires , et qu'il regarde comme une barrière entre la Russie et le reste de TEurope.

L'affaiblissement du lien féodal en Russie avait facilité la conquête; la politique des khans achève de dénouer ce lien féodal. Ils perçoivent eux-mêmes le tribut de chacun ; ils reçoivent le3 hommages et les réclamations de chaque prince , et quand ils ont fait la faute de rétablir un Grand-prince, ils laissent plusieurs prétendans se disputer cette suzeraineté , leur font attendre leur décision , et les retiennent quelquefois à leur horde deux ans entiers. En même temps , ils mettent obstacle à ce qu'aucun ordre de succession ne s'établisse. Enfin , ils se font eux-mêmes suzerains ; car ils imaginent d'abord de ne laisser aucun prince , grand ou petit , prendre le gouvernement de ses États , sans en être venu demander l'investiture à la grande horde.

L'effet de ces voyages, auxquels une année entière suffisait à peine, était de laisser les principautés sans chefs russes, et sous le gouvernement des baskaks tatars ; de prouver la suprématie des grands khans ; de faire connaître à ces Mongols à quels hommes ils avaient afl'aire;

de ruiner les prétendans par des présens d'usage ; enfin , comme ces princes ne manquaient jamais d'accusateurs parmi leurs parens et leurs compétiteurs, de leiu' faire craindre la justice terrible des khans , s'ils avaient à se reprocher la plus légère velléité d'indépendance.

Plusieurs princes furent appelés , jugés et exécutés à la grande horde. Mais ces Tatars , qui punissaient si cruellement l'insubordination des princes russes , s'unissaient à eux dans leurs guerres étrangères ; ils les servaient même dans leurs guerres civiles. Voici comment : un prince russe allait dénoncer le Grand-prince à la horde, demandait sa place, et revenait avec une armée tatare, qui le laissait régner sur des cendres et du sang.

Ces secours n'étaient pas toujours donnés par la politique. Les Tatars , comme les Huns , ravageaient sans conquérir; c'était des tributs et des esclaves qu'ils cherchaient. S'ils avaient voulu gouverner leurs conquêtes , ils n'auraient pas pu les piller, habitude qu'il leur était impossible de perdre. Le tribut était pour le khan, le pillage pour la horde; il fallait de temps à autre la rassasier.

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