‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-Grand (volume 2)Chapitre 83 sur 189 · CHAPITRE VJII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VJII

Telle fut la marche politique de ces Grandsprinces depuis Iwan Ralita.

Cependant, en i3g8, l'État est plus que jamais en danger d'être anéanti sans retour, et ces princes de JMoscou , tout fiers qu'ils puissent être de leur machiavélique habileté , vont être forcés de rendre hommage à la fortune russe , du salut de leur empire.

A sa droite et à sa gauche , deux conquérans s'élèvent à la fois. Ils semblent prêts à la dévorer. A l'est , c'est Tamerlan ; à l'ouest , c'est Vitovt le Lithuanien. Déjà l'un , avec ses quatre cent mille guerriers, a dom.pté le Raptchak. rebelle; il touche à la frontière russe: déjà l'autre est à Kalougha, à Viazma: il a surpris Smolensk, gagné Novgorod; et la Moscovie, tremblante, s'attend à être écrasée entre ces deux colosses , quand tout à coup , tous deux se détournent , descendent vers le sud , s'y renconlrenl et s'en-

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trechoquent. La Russie, qu'ils resserraient étroitement , respire ; elle se relève étonnée ; elle voit à sa gauche Vitovt , son oppresseur d'Europe, abattu devant Routlouï , lieutenant de Tanierlan. Elle détourne vers l'orient vainqueur SCS regards encore effrayés : mais le terrible Mongol a disparu dans les profondeurs de l'Asie ; il semble n'être apparu que pour porter au Kaptchak rebelle - à cette horde engraissée du sang et de l'or russe, un coup mortel. C'est ainsi que la discorde , passant des Russes aux Tatars. prépare au nord de l'Europe sur l'Asie, un triomphe dont on ne peut prévoir le terme. En même temps , et par un bonheur aussi grand, après Jagellon et Vitovt , la Lithuanie et la Pologne s'entre-battent : ces autres ennemis de la Rus5ie s'entre- déchirent ; comme les Tatars, ils s'épuisent : leurs dynasties stériles s'interrompent ; une démocratie de nobles l'emporte ; et le sceptre y redevient de plus en plus électif; tandis que celui des Grandsprinces russes, malgré les fautes de Vassilil'Aveugle , fils de Vassili , s'enracine par son droit divin , pai' sa succession directe , et s'élève de plus en plus par de si longs règnes.

CHAPITIIE VIII. iG

Cette longévité des Grands-princes moscovites est une autre cause très-remarquable du prodigieux accroissement de leur pouvoir. Ce n'est pas à notre siècle qu'il est besoin de dire , pourquoi la longueur des premiers règnes d'une dynastie est indispensable à l'établissement de sa puissance. Piemarquons à ce propos ceux d'Iwan Kalita et de ses decendans directs , Siméon-le-Superbe , Dmitry Donskoï , Vassili son fils, et Vassili Vassilievitch son petit-fils : ils ont été de treize , dix-sept , vingt-sept , trente-six et trente-sept années ; c'en fut assez pour fonder l'autorité suzeraine des Grands-princes de Moscou.

JXous verrons , dans la période suivante, cette longévité aller , ainsi que le pouvoir, en s'accroissant dans leurs successeurs Iwan-le-Grand, Vassili et Iwan-le-Terrible , dont les règnes furent de quarante-trois , vingt-huit et quaranteneuf ans.

Aussi, quand vint le règne de Vassili Vassilievitch , dernier prince de cette troisième période, était-on déjà si accoutumé à ne reconnaître pour Grand-prince , que le fils aîné du Grand-prince, que ce Vassili succéda à son père

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à dix ans, et que, détrôné plusieurs fois, l'habitude du respect et de la fidélité le replaça toujours sur le trône. Après de si longs règnes, les droits du souverain étaient marqués , la route tracée à son successeur, les habitudes de ses sujets prises.

Toutefois , à la naissance de ce Vassili Vassilievitch , on crut un miracle utile pour mieux constater sou droit au trône de son père. C'est pourquoi une voiv du ciel proclama Grandprince ce prince nouveau-né. Mais il semble que cette précaution fut surabondante : le premier événement de ce règne en est la preuve ; il est unique dans Ihistoire.

lourv, ronde de ce jeune souverain, s'appuvant encore sur lancien ordre de succession, réclame la suzeraineté. Une excommunication du métropolite, d'abord dédaignée, mais qu'une peste inattendue rend eiScace, suspend ses prétentions, qui renaissent à mesure que la contagion diminue; et bientôt Vassili et son oncle vont disputer leurs droits devant la horde; mais l'aveugle khan est tellement dominé par l'habileté des boyards attachés au Grand-prince, et entraîné par le mouvement général, qu'il se

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