‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 122 sur 359 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

C'est ainsi que tout^ dans l'histoire russe, nous ramène à l'histoire du despotisme.

Par une horrible conséquence du principe de cet odieux gouvernement, il s'établit que tous les individus d'une famille devaient être enveloppés dans le supplice d'un seul de ses membres.

Par une autre conséquence , tout sujet qui dépassait les jfrontières , devenait un traître qui osait se mettre hors de la portée du prince , en dehors de cette terreur, principe unique du gouvernement; c'était un esclave fiagitif, un réfractairel C'était bien plus encore; sortir de cette terre sainte , n'était-ce pas manquer à son Dieu , puisque alors on respirait l'infection de ces religions ennemies, dont le sol sacré de la Russie était environné, et qu'on allait se mêler à ces mécréans,; dont le seul attouchement était une souillure?

La superstition religieuse et celle du pouvoir étaient donc l'opinion publique d'alors; elle repoussait dans le despotisme tous ceux qui auraient voulu en sortir; il n'y avait pas d'asile contre lui; il était partout. Un père était tout aussi despote dans sa maison de bois que le Czar dans l'empire. C'était une chaîne générale ; et du grand au petit ,

de l'aïeul à ses derniers enfans^ un enchaînement

universel de despotes et d'esclaves.

En effet , il y avait une loi qui permettait aux pères de battre de verges leurs enfans , et de les vendre quatre fois. Les fils étaient donc esclaves de leurs pères. On naissait esclave ; l'esclavage se montrait partout. Les femmes russes étaient esclaves plus qu^en Asie, d'un esclavage moins resserré sans doute , mais plus barbare ; aucune loi ne les protégeait contre les violences dé leurs maris , qui, tels que des sauvages, exerçaient souvent sur elles le droit du plus fort, au gré de leur caractère, de leurs passions ou de leur ivresse.

On retrouve dans les lois russes d'alors, contre celles qui tuaient leurs maris, la même cruauté que dans les lois des Romains contre ceux de leurs esclaves qui avaient tué leurs maîtres. Une position pareille avait amené des précautions semblables.

De l'esclavage des femmes^, on doit inférer celui des hommes ; car l'esclavage d'un sexe suppose celui de l'autre.

Une autre loi autorisait à se vendre soi-même. Il fallut ,bien que tous ceux qui furent ruinés par la guerre civile et par les Tatars, se vendissent pom* vivre. Cependant, cette loi, en prouvant l'esclavage, prouve une sorte de liberté; car il fallait bien avoir sa liberté pour en pouvoir ainsi disposer.

Or, si l'on nous disait : U existe un pays où les

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