CHAPITRE II
prisonniers de guerre sont esclaves ; où les débiteurs jnsolvîJjles sont donnés comme esclaves à leurs créanciers, où le pauvre se peut vendre au riche, où les pères ont le droit de vendre trois et quatre fois leurs enfans; si l'on ajoutait qu'une seule classe y peut être propriétaire; qu'elle est dévouée par sa nature, l'usage et la nécessité, au métier des armes; qui de nous ne s'écrierait que, dans un certain laps de temps donné, ce pays ne doit être composé que de nobles et de serfs?
Et si l'on répond qu'un tel pays a existé, et que, néanmoins, pendant six siècles il eut toujours un tiers état, qui ne jugerait alors que l'existence vague de cet ordre n'a dû sa conservation qu'à des circonstances de localité, à l'intérêt des princes, à la faiblesse des nobles, et à ce que l'esclavage de la glèbe n'y fiit point alors imaginé.
En effet , ce peuple , libre d'abord par sa division en peuplades jusque vers la fin du neuvième siècïe, était encore libre au temps de Vladimirle- Grand, par sa réunion dans des villes dont plusieurs étaient commerçantes, par l'énorriie étendue du pays et le petit nombre des conquérans , parce que les chefs de ceux-ci avaient conquis , non pour piller et passer, mais pour s'établir, et que dans beaucoup de villes, comme Novgorod, c'était en alliés et en protecteurs qu'ils s'étaient introduits.
On sait encore que l'avantage de la civilisation ,
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dans plusieurs de cesyilles^ était du côté des vain* eus. Enfin y les mœurs simples d'alors établissaient de fréquens rapports entre le prince et ses sujets , tels que des fêtes communes y des repas publics où tous étaient admis , et l'usage que tous prissent prt aux délibérations intéressantes pour tous.
Les marchands y étaient considérés ; car, dans un pays sans industrie , sans rien de ce qui sert aux communications , ils étaient le principal lien , surtout avec l'étranger. Il fallait , d'ailleurs, avoir recours à eux pour tout ce qui manquait; aussi, firent-ils toujours corps dans l'État. On les voit figurer dans les traités , dans les élections , dans les assemblées des villes, dans celles même de la nation; on avait besoin d'eux à cause de leur nombre , de leurs relations et de leurs richesses.
On a vu les six siècles d'existence de la république guerrière et marchande de Novgorod. Pskof, suzeraine de douze villes, et Viatka , n'étaient pas moins libres; il parait même que, comme elles, <;haque ville fondée avant la domination tatare avait ses boyards , dits de la commune ; son tissiatsky, chef de guerre nommé par les citoyens , naarchant avant tous les boyards des princes, et même des Grands-princes *. Enfin, ses jugemens par jurés, et surtout sa cloche du vetché , ou assemblée du peuple, VOIT du suprême pouwir national ^ soupent séditieuse^ et toujours chère aux Slaves.
' Karamsin.