CHAPITRE m
Voilà donc un ordre de FÊtat englouti par le despotisme : le clergé ne lui a point échappé davantage.
Nous avons vu, à l'époque de la renaissance du pouvoir suzerain, quelle fizt la clairvoyance politique de ce clergé, dans son étroite alliance avec les descendans directs des Grands-princes moscovites.
On sait aussi quelles avaient été, depuis le dixième siècle, les immenses prérogatives de cet ordre; et pourtant son état constant d'infériorité devant la suprématie religieuse des Grands-princes, fut de tout temps un fait incontestable. Au milieu d'une foule de preuves historiques, on remarque, qu'en 1440 9 Byzance, près de tomber au pouvoir des Turcs, implore le secours de Rome; le patriarche grec ofire en échange son apostasie; et Isidore, un Bulgare, alors métropolite de la Russie, ose rapporter dans Moscou même sa soumission au pape. Les Russes étonnés se taisaient; car c'était à leur Grand-prince à décider de leur croyance. Mais lui , foudroyant le traître, précipite ce Grec apostat de son siège, et y fait monter un Russe fidèle.
La déposition de ces métropolites dépendait donc du Grand-prince; plusieurs autres exemples l'at-
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testent. On peut voir Dmitry Donskoï déposer, à la fin du quatorzième siècle, le métropolite Pimen; et plus tard, un synode tenu par Alexéi, père de Pierre-le-Grand, établit ce fait en principe.
Cependant, jusqu'en i443> ^^ ^ l'exception de six métro|)olites , tous ces chefs de l'Église russe avaient été Grecs; l'élection de chacun d'eux avait même été achetée du patriarche de Byzance par de riches présens. Aussi, la querelle des investitures fut- elle essayée là comme ailleurs, mais elle y avorta.
A cette époque, le métropolitain Jonas se déclare indépendant de l'Église de Byzance. Cinq ans après, en i453 , l'empire grec s'écroule; le patriarche de Constantinople n'est plus que le sujet d'un Turc; et le pouvoir religieux du Grandprince s'accroît encore de cet abaissement. Véritable chef du clergé russe , il en i^ègle la discipline, il en réforme les mœurs par ses édits. C'est lui qui soutient contre les envoyés du pape des discussions théologiques : il soumet les terres de l'Église, comme les autres terres, à fournir un cavalier et un fantassin par cent arpens; il puise à pleines mains dans les trésors des couvens. Bientôt, devant son caprice , toutes les places de l'Église deviennent précaires; il fait et défait à son gré les métropolites.
« V^ Lederc.