‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 129 sur 359 · CHAPITRE IIL 23i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL 23i

Enfin ^ en i588, deux évêques grecs marchandent le pontificat de Byzance, que le grand-visir vend au plus ofirant. Jérémie, l'un d'eux, Taincu dans cette honteuse lutte, accourt en Russie y puiser l'or nécessaire pour racheter ce patriarchat de la Grèce, et la déchéance de son rival : il paie ce vil et obscur triomphe qu'il doit aux libéralités du czar Fœdor, le dernier des Rurick, en lui vendant l'indépendance de l'Église russe, et le droit de posséder et de nonuner en Russie un patriarche. C'est ainsi que cette suprématie religieuse vient, comme toutes les autres , se réunir dans une seule.

Toutefois, quand on se représente que, depuis plus de six siècles, il n'y avait eu dans ce pays de ténèbres qu'une science, la théologie; qu'un livre , l'Évangile ; qu'une seule corporation , le clergé ; qu'une règle constante, une seule doctrine invariable , une seule discipline inflexible , celle de l'Église; on s'étonne que cette organisation au milieu du désordre, que cette création dans ce chaos n'ait point tout dominé.

Gomment, en efiet, ce clergé, avec la grande et profonde philosophie de sa religion, ses doctrines positives, absolues et si menaçantes, et ses formes imposantes, a-t-il toujours été soumis à l'autorité temporelle? Comment encore son autorité judiciaire, son influence superstitieuse , qui plusieurs fois éteignit dans les flammes et le sang des germes de schisme, et sa richesse si prodigieuse,

23a LIVRE V.

qu'en iSyo il possédait les deux tiers des terres de l'empire ' , n'ont-elles point suffi pour le rendre redoutable au chef même de cet empire?

C'est que ce chef était aussi le sien; il réunissait les deux puissances; il présidait les conciles. Car tel fut de tout temps l'esprit de la religion grecque. Gonstantinople^ métropole religieuse des Russes, a toujours vu dans ses princes les vicaires de Dieu sur la terre. Ceci date des empereurs païens. Le pontificat était un de lem^s principaux attributs : il en resta quelque chose aux empereurs chrétiens du Bas-Empire, leurs successeurs, dans leurs prétentions et dans l'esprit de leurs peuples; sm* quoi les Grands-princes russes et leur nation se mode^ lèrent. '

En effet, les évêques de Constantinople, toujours en présence et sous la main du maître, ne purent, comme les évêques de Rome, se faire de souveraineté; en sorte qu'ik. restèrent sujets au spirituel comme au temporel. Leur ambition se borna à se faire patriarches, puisa se rendre indépendans du pape; mais ils n'y purent parvenir qu'en s'appuyant de leurs empereurs, en se plaçant derrière eux, et ils y restèrent.

Cela marqua bien plus bas encore, à leurs inférieurs les métropolites russes, leur place au^essous

' V. le Voyageur anglais y Pédit de i55i, et les traités d'alors avec les Cosaques.

* F. Gibboii, Condillac, etc.

Page 1