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CHAPITRE III

noblesse a été gagnée par l'esolavaige de la glèbe ' ; le peuple des TÎUes, par une afièctation soutenue de popularité; les criminels, par l'indulgence; la nation entière y par l'éclat d'une administration et d'une politique habiles. Smolensk est fortifiée; Ârchangel bâtie ; les Tatars y battus pour la dernière fois sous Moscou même, sont rejetés dans leurs déserts; des villes fortes, construites autour de leur repaire, les y contiennent. D'autres forteresses s'élèvent à l'ombre du Caucase; la Sibérie est définitivement reconquise par les armes, par les arts et les moeurs russes. Les Suédois sont rejetés dans Narva, des relations diplomatiques s'ou- Trent avec les puissances européennes. La Lithuanie, la Pologne elle-même, consentent, dit-on, un instant à se soumettre au sceptre que dirige Godounof « L'esprit de secte parait seul avoir rompu cette grande réunion alors volontaire, et qui deux siècles plus tard sera forcée.

C'est à l'instant du plus vif éclat de cette gloire de Boris , qu'après sept cent trente-six ans d'existence, la dynastie de Rurick finit en Foedor son cinquante-deuxième souverain, et avec le seizième siècle (1698) . D'autres branches existent encore, mais le despotisme d'Iwan est retombé sur toute sa race. Il a tellement isolé le trône par la terreur, que le ministre de cette terreur est le seul qui ose y prétendre.

' En 1592 ou iSgo. — F, Diyof , Tatistchef, Tédit de iSqj.

Les députés de la Russie se rassemblent; écoutez leurs annalistes : Léledion commence; lepeur pie regarde les nobles^ ceux-^i les grands^ et les grands le patriarche; il parle y il nomme Boris! et tous à la fois y et comme un seul homme y répètent ce nom, redouté !

De son coté^ Godounof tient d'une main si assurée toutes les chaînes du pouToir^ qu'il se complaît à refuser obstinément ce sceptre tant désiré. Les grands 9 le peuple^ l'environnent de leurs supplications ; U leur échappe ^ il se réfiigie dans un monastère^ que cette foule d'esclaves enviroame encore inutilement. Cette scène politique^ que ses pareils ont pu jouer à peine pendant quelques minutes^ il ose la soutenir pendant plus d'un nuMs. Il sait que du fond de la cellule où il vient hypocritement de se retirer^ un souffle de sa bouche saf* fira pour remuer à son gré tous les flots de cette foule immense.

En effets peuple, grands, prêtres, tous suivent l'impulsion ; il semble que, par des fils inaperçus, il dirige tous les mouvemens de ces milliers d'individus : toujours invisible, il les fait aUer, venir, s'écrier ou se taire à la fois et à volonté, comme un seul corps dont il serait l'âme.

C'est ainsi qu'au pied du monastère qui le renferme, le sycophante attire ce troupeau d'esclaves, le repousse , l'attire encore sans craindre de le rebuter, et qu'enfin il ne cède qu'après avoir re-

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ténu pendant six semaines entières toute la Russie en suspens , à genoux , en larmes , les bras levés vers lui , lui tendant à mains jointes les reliques de ses saints ^ l'image du Rédempteur, k qui elle le compare, et <^6tte couronne antique qu'il convoite depuis quatorze ans, et dont il s'est approché par tant de crimesl

L'usurpation de Boris commence, ou plutôt elle continué : die se soutient k force de prodigalités , par de vains spectacles , par ces grands effets de charlatanisme si pûissans sur l'esprit de peuples ignoiians et grossiers* Le tyran satisfait croit d'abord pouvoir s'arrêter dans le crime. Il prétend éclairer ' ses peuples par les lumières de TEûrope ; mais les prêtres s'y opposent. Son pouvoir usurpé est sans indépendance; issu du mal, il n'a de puissance que pour le mal. La conscience de ses crimes l'épou*» vante : il croit 'calmer ses terreurs par de nouvelles violences qui redoublent ses terreurs, et il achève de tout démoraliser par l'effroi qu'il éprouve et par celui qu'il inspire.

Comme tant d'autres usurpateurs , naguère l'égal des grands, il s'en défie-, il en a peur; dans leur perle , il voit son salut : leurs richesses l'aideront ensuite a gagner la petite noblesse, dont les prétentions ne peuveàat être rivales des siennes : et l'amour du peuple, c{ue la plupart de ces tyrans ont récherché, et qu'ils ont trop souvent obtenu. P^rmi ses victimes, on remarque les Romanof.

Alliés aux Rurick, ce sont eux qui inquiètent le plus l'usurpateur. Le chef de leur illustre famille ne se préserve du supplice de la hache que par celui de la tonsure. Bientôt l'on verra ce moine, devenu métropolite, s'illustrer par son dévoûment .patriotique, et ses vertus mériter à son fils le sceptre d'un empire qu'elles auront préservé d'une domination étrangère.

Cependant, la peur a tout abruti : au milieu des festins, dans les cérémonies les plus paisibles, on voit les plus grands de l'empire, les descendans de tant de princes, se précipiter comme des bourreaux, au moindre signe de ce Tatar, sur celui d'entre eux qu'il leur désigne comme son ennemi. C'est par cet usurpateur que l'esclavage, acquiert son dernier degré d'intensité ; celui dont Iwan III a écrasé les princes apanages et lés républiques russes, qu'Iwan IV a étendu sur la haute noblesse et sur les villes, Boris vient d'en enchaîner les campagnes par l'asservissement à la glèbe. '

Dès-lors, le despotisme est partout; chaque village, chaque maison a le sien comme le trône, dont, à leur tour, tous ces despotismes dépendent. La nation russe n'est plus qu'une hiérarchie d'esclaves. Dès-lors, plus de communications, plus de ces réunions publiques où, du moins, la jeunesse s'instruisait par la parole ; plus de contrats protecteurs pour le feible, ni de refiige. La Russie

• F. DÎTof ; — les édits depuis celui de i5g5 ; — Tatistchef.

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