‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 154 sur 359 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

devient triste et morne : les troiibadoui*s qu'on voyait encore parcourir les campagnes disparaissent; leurs chants de guerre et de chasse, ceux même d'amour, ont cessé. Ce n'est plus que dans les chroniques d'alors qu'on revoit les traces de ces mœurs détruites et de ces chants si doux : en les rencontrant , l'historien national s'étonne , il s'attendrit , il s'écrie douloureusement que , dans ces souvenirs ^ le Russe d'aujourd'hui ^ muet et esclai^e^ ne retrouve que V empreinte d'un objet qui rt existe plus y et Vécho d'une voix qui ne résonne plus à son oreille.

Toutes ces usurpations de Boris tie tardent pas à mettre au jour les fléaux qu'elles portent avec çlles; le tyran lui-même en mourra de douleur sur son trône ébranlé. Il a d'abord vu cette funeste émigration d'une foule de paysans emportant leur liberté chez les cosaques; puis une horrible famine, et bientôt une atroce jacquerie ^ d'abord victorieuse, ensuite vaincue. Voilà les fruits de son attentat contre la liberté du peuple. Quant au meurtre de Dmitry, il croira voir l'ombre de sa victime sortir de son tombeau pour se venger. Enfin, il laissera la Russie dépeuplée, épuisée, ouverte de toutes parts, et en proie k toutes les horreurs d'une société dissoute. Que de crimes, que de tourmens et de malheurs, pour six ans de règne sur un trône qui, deux mois après lui, écrasera son fils dans sa chute !

Mais pourquoi s'enfoncer et se perdre dans les détails de tant d'abominations? En un mot^ l'intervalle qui sépare les deux seules races de souverains qui aient régné sur la Russie^ est comme un gouffre qui s'ouvre au milieu de cet empire : c'est un abime de boue et de sang^ où la nation est près de s'engloutir tout entière.

Cet espace de quinzse années renferme tout ce qu'il y a de plus affreux en bassesses y en trahisons y en guerres civiles et étrangères, et en guerre du pauvre contre le riche. Il semble que le génie du mal , pressé par les temps de la civilisation qui s'approchent, se soit hâté d'entasser dans ce court intervalle, tous les malheurs et tous les crimes.

La plus grande de toutes les illégitimités, celle du despotisme , a ouvert la porte à toutes les autres. Après un usurpateur parricide, un moine sous le nom de Dmitr j , un grand du sang de Rurick, des princes étrangers et ennemis, des paysans, des esclaves même , toujours sous le nom de ce malheureux Dmitry, de ce dernier des Rurick, prétendent au trône; ils en approchent; plusiem^, y atteignent, Tensanglantent et le souillent quelr ques instans. La confusion est à son comble! Le

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