‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 163 sur 359 · LIVRE VII. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE

dans le couvent de la Trinité. L'infortunée , éperdue, s'est réfugiée au pied de l'autel , sur lequel elle a placé son fils; mais le sanctuaire est violé ^ la victime aperçue par deux strélitz : et doublement sacrilège ^ l'un d'eux saisit le prince, lève son g^ve; et cette tête, qui portait en elle le germe de la gloire des Russes , allait tomber, quand une hésitation d'un instant change tout. Des cavaliers paraissent, ils accourent; et, pour cette fois encore , Pierre est sauvé.

Cependant, les boyards, qui l'avaient élu, ont été proscrits , sa famille maternelle vient d'être massacrée ; les strélitz seuls semblent avoir tout conçu, tout exécuté. Mais Sophie, qu'ils ont nomr mée régente, a recueilli le fruit du meurtre; elle s'est entourée dés meurtriers; elle les a récompensés avec les biens de leurs victimes.

Toutefois, ces dangereux alliés n'ont point déposé entre ses mains leur pouvoir révolutionnaire. Après avoir satisfait leur classe en déchirant les contrats des hommes à gages avec les asigneurs, ils ont placé des surveillans près de Sophie; et, comme tous ceux qui donnent des trônes, ces janissaires russes veulent qu'on ne règne que pour eux seuls.

Clette honte dure; on voit pendant trois ans, dans l'ambitieuse Sophie comme dans tant d'autres ambitieux, la plus fière et orgueilleuse des passions, en être la plus servile. Enfin , elle secoue ce joug

agtî LIVRE Vil.

infâme , se venge des plus audacieux , et pardonne aux autres^ soit à cause de leur nombre ^ soit comme à d'anciens complices.

Alors les Tatars ont été repoussés, les Turcs contenus ; et , pour prix de ce dernier effort , combiné avec l'Autriche et la Pologne, celle-ci renonce aux provinces lithuaniennes , reconquises par Alexis.

Mais cette habileté de Sophie et de son ministre ne légitime pas leur usurpation sur le génie naissant qu'ils veulent en vain étouffer : principe indestructible, force insurmontable. Dieu vivant dans l'homme , et que des efforts humains ne peuvent atteindre. Aussi , ne sont-ils parvenus qu'à altérer la santé , a corrompre les mœurs du jeune czar ; et il n'a pas plus été en leur pouvoir de lui ôter son grand caractère , qu'il ne leur eût été possible de le lui donner.

Dès 1684, ils conduisent à l'autel l'imbécille Iwan, pour que la naissance d'un héritier du trône en éloigne à jamais son frère, et prolonge indéfiniment letu* régence.

En même temps, l'enfance de Pierrcrle-Grand est reléguée dans un village. Le général Ménésius ', savant écossais, auquel Alexis avait confié son éducation , ne voulant pas le trahir, lui est arraché. Ou abandonne ses premières impressions à de sales

' F. Bassville.

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