CHAPITRE I
et grossiers aiuusemens ; puis à des étrangers que repousse la jalousie des boyards, que hait la superstition du peuple , et que l'ignorance générale méprise.
Mais la Providence marche à son but au travers de notre aveuglement. Pierre, écarté du trône, échappe à cette atmosphère de mollesse et de flatterie qui l'environne; la haine qu'on lui inspire contre lès bourreaux de sa famille accroît l'énergie de son caractère. Il sait qu'il doit reconquérir sa place sur un trône, qu'occupe une sœur habile, ambitieuse , et qu'entoxu'e une poilice barbare ; dès-lors , son enfance a ce qui manque trop souvent à l'âge mûr, elle a un but. Son génie, déjà audacieux et persévérant, s'en saisit. Entouré des esprits hardis de ces aventuriers, venus de si loin pour tenter la fortime , il se développe rapidement.
L'un d'eux, Lefort, retrouvant sans doute en ce jeune barbare les traces de civilisation, que peutêtre y avait laissées son premier instituteur/, fait briller à ses yeux les sciences , les arts de l'Europe, et surtout l'art militaire.
On dit qu'alors, à l'aspect de la barbarie de ses compatriotes , des larmes d'mi généreux dépit jail- . lirent des yeux de cet adolescent; il semlj^li^ qu'on vienne de présenter un glaive aux jeupes regards d'un nouvel Achille. Mais Pierre est bien plus encore.
' F, Bassville, Mctn, de Lefort,
Que ses jouets aient été des armes, ses jeux des exercices militaires, on s'en étonne peu; mais ce qu'on admire , c'est qu'il ait compris l'importance de la discipline , dans la saison des ans où elle parait le joug le plus insuj^rtable; c'est qu'il s'y soumette avec cette ardeur que les hommes mettent k lui échapper; qu'il y persévère à l'époqtte la plus changeante de la vie; c'est , enfin, qu'il donne l'exemple à l'âge où l'on sait à peine le recevoir.
Cinquante jeunes Russes ont été placés près de lui, non conmie cette élite de jeunes Égyptiens près de Sésostris , ou comme jadis les fils des grands de la Perse auprès du jeune Cyrus , mais seulement comme ses compagnons de débauche, ses dwertis-^ seursj ainsi qu'on les appelait dans la grossièreté de ces temps.
Pierre les a acceptés comme tels; car son corps , aussi robuste que son esprit, suffit à tout, au m^al comme au bien : mais en même temps, avec cet admirable discernement des grands hommes, et cette force qu'ils exercent sur eux et sur les autres, il se précipite par la seule issue qu'on lui présente, hors de la barbarie qui l'environne, et entraine après lui tout ce qui l'entoure.
Le bourg où il est relégué devient une école militaire européenne ; ses compagnons , des élèves de l'art de la guerre , exercés, armés, habillés comme les étrangers, dont il a reconnu la supériorité.
Le jeane czar veut passer par tous les grades, en