‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 169 sur 359 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Jusqu'à vingt ans, l'étude de quelques langues de l'Europe, celle de l'art militaire, et le soin de former peu à peu, une armée de vingt mille hommes, d'après les principes de cet art , occupent sa première jeunesse.

Des exercices meurtriers, de petites guerres sanglantes, montrent à la fois l'ardeur du prince, la dureté des temps , et ce mépris oriental de la vie des hommes ; digne résultat du servile abrutissement des sujets, du despotisme du maître, et de l'exclusion des femmes de la société. '

En même temps, les cosaques russes poussent leurs conquêtes en Sibérie jusqu'aux frontières de la Chine. Les deux empires , en se touchant pour la première fois, se heurtent, jusqu'à ce que le traité de 1692 marque la frontière qui doit leur être commune.

C'est ' alors que dans une chaloupe européenne , oubliée au milieu d'autres ruines , et dont il se fait expliquer l'usage, le génie du Czar entrevoit le véritable instrument de civilisation de son empire- Dès ce moment , ce prince , dont la première en-

' F, BassviUe, Fie de Le/brt, etc. etc. * 1692.

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fance, effrayée par le bruit soudain d'une forte cascade * , avait pris pour l'eau une horreur dont on avait été long-temps à le guérir, se passionne pour cet élément ; il s'attache à l'art de la navigation : une rivière , un lac , la mer Blanche , seule mer russe d'alors, lui servent successivement à l'approfondir.

La guerre conmience enfin ' : ce sont les Turcs que Pierre attaque. Il n'a que vingt-trois ans, et déjà , dans le siège d'Âsoph , la grande pensée de sa vie entière éclate. Il veut civiliser ses peuples en commençant par la science de la guerre de terre et de mer. Cet art, qui dès-lors renfermait tous les autres arts, leur ouvrira le chemin de la Russie, et les y protégera. C'est par cette science que le Czar conquerra à son empire cet élément , à ses yeux le plus grand cwiliseur du monde , parce qu'il est le plus favorable à la communication des peuples entre eux.

Son essai sur Asoph , ses revers quand , dans sou impatience , il s'écarte des principes , et son succès, après deux ans de siège, quand il les a suivis, l'ont confirmé dans sa résolution. Douze bâtimens de guerre construits sur la Voronqe, et descendus sur le Don , ont assuré cette conquête. Depuis les barques des Varègues , c'est la première fois que des voiles russes ont reparu sur ces rivages.

' Manstein.

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