CHAPITRE IV
de quoi que ce soit, depuis une couronne de Grandprince jusqu'au simple poêle qui Sert de lit au dernier paysan.
Cependant, l'ambition, la cupidité des princes russes, causes de tant de malheurs, s'agitent dans cette fange et s'ajoutent à ces fléaux. Le citoyen devient si misérable, qu'il faut que la loi lui permette de vendre quatre fois ses enfans , et de se vendre lui-même. On y devient avide, insensible aux injures et à la honte; enfin, s'écrie leur historien national, ce la Russie d'alors est plutôt une sombre a foret quun empire! «
Dans ce chaos, les républiques russes du nord sont, il est vrai, restées libres et puissantes. La lib^iié primitive des Slaves s'y est long-temps conservée; mais c'est une liberté barbare qui succombe à son tour, quand a l'oppression étrangère, succède une tyrannie intérieure. Cette autre barbarie écrase toutes les autres; c'est alors que, pour mettre un ordre innnuable dans ces différentes couches d'esclaves, étendues l'une sur l'autre, elle attache la dernière, la plus inférieure, le peuple enfin, à la g^àbe.
Pourtant, c'est depuis ce dernier excès de despotisme que , dans Moscou même , ce peuple semble avoir exercé plus d'influence. Qu'on voie ses révoltes depuis Mikhaïl jusqu'à Sophie. Pierre-le- Grand. ne peut attribuer ce nouvel esprit qu'à l'ébranlement causé par la chute de la race sacrée
3ao LIVRE VII. -^ CHAPITRE IV.
des Rurick^ à la douceur de ses ancêtres, à la réunion des cosaques libres, à l'empire, et surtout à la création des strélitz; car ces vainqueurs des Tatars , ces satellites de la tyrannie dlwan IV, petits bourgeois des plus grandes villes, n'étaient plus, à la fin du dix-septième siècle, que d'aveugles et fanatiques janissaires. C'était comme un peuple armé, non pour la liberté , mais pour la licence : autre despotisme, celui de la multitude, le moins durable ii est vrai, mais de tous le plus intolérable.