‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 179 sur 359 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Voila le chaos où Pierre-le-Grand veut rétablir Tordre, et d'où il vient de sortir, pour recueillir les lumières dont il doit enfin l'éclairer. Qu'y avait-il donc, dans toute cette confusion de pré-* jugés et de mœurs , à ménager et à respecter : surtout lorsque ces aveugles s'obstinant , il fallait que ce grand œuvre de régénération s'accomplît pendant la courte existence d'un homme? Comme tout tenait à lui seul, il y avait hâte; il fallait brusquer tous les changemens ; et, comme Via-* dimir-le-Grand , jeter tout à coup à l'eau le dieu barbare , pour lui substituei* sur-le^hamp le Dieu de la civilisation.

Et puis, en brusquant on surprendra; ce qui est une manière de déterminer.

On ne sait, d'ailleurs, pas assez quelle foule d'attentats contre la vie du réformateur, irritèrent sa volonté despotique et sa férocité naturelle. C'est tantôt le glaive de la révolte qu'il fiiit ou qu'il brise ; tantôt le poison pi^éparé, diton , par la main d'une sœur; plus tard, le poignard d'un Raskolnick

322 LIVRE VIIL

tombe à ses pieds , au moment où l'assassin allait

s'en servir.

Les strélitz surtout, qui voient les régimens disciplinés à l'européenne prendre leur place, se sont déclarés. Plusieurs fois l'enfance et la jeunesse de Pierre leur ont échappé; déjà même, dans l'horreur que leur a inspirée l'annonce de son départ pour l'Europe profene , ils ont voulu immoler un czar impie, prêt à se souiller par l'attouchement sacrilège de ces étrangers qu'ils abhorrent.

Us voient au milieu d'eux douze mille hérétiques , déjà organisés , qui resteront maîtres de leiu* ville sainte ; tandis qu'eux , exilés dans l'armée, sont destinés à combattre au loin sur la frontière '. Et ce n'est pas là leur seul grief; car, soit nécessité, soit que le génie si jeune et si fort de Pierre-le- Grand ait voulu trop et trop tôt, ils l'accusent encore de cette création subite d'une flotte de cent bâtimens de guerre, qu'il vient d'ordonner; im.pot insupportable au milieu d'une guerre déjà ruineuse, et qui nécessite l'introduction sur leur terre sacrée, d'une nouvelle foule de ces ouvriers schismatiques qu'on leur préfère.

Ces strélitz , comme tous les mécontens , croient donc à un mécontentement général; voilà pourquoi dans Moscou même , peu de jours avant le départ de leur souverain, Tsikler et Soukanin,

' V* PeiTy, Stœhlin, etc», etc.

Page 1