CHAPITRE I.' 3a
deux de leurs chefs, ont osé tramer le complot d'un incendie nocturne. Us savent que Pierre y accourra le premier; et c'est au milieu du trouble et du tumulte ordinaires en ces sortes d'accidens , qu'ils regorgeront sans pitié ; après quoi, ils massacreront tous ces étrangers qu'on leur donne pour maîtres.
Tel a été leur infâme projet. Déjà, l'heure qu'ils ont choisie pour l'accomplir, approche. Us ont des complices , point de dénonciateui*s; et, réunis dans un festin, tous cherchent dans des liqueurs enivrantes le courage nécessaire, au moment d'une si terrible exécution.
Mais, comme toutes les ivresses, celle-ci eut, suivant leurs divers tempéramens, des influences diflérentes. Deux de ces misérables y perdirent leur assurance; ils se communiquèrent, non de justes reniords, mais une lâche crainte; et, se sauvant d'un crime par un autre, ils sortent sous un prétexte spécieux, promettent à leurs complices de revenir à temps, et courent chez le czar dénoncer le complot.
C'est à minuit qu'il doit éclater, et Pien^e donne l'ordre de cerner, à onze heures prédses, la maison des conjurés. Bientôt, croyant l'heure venue, il se rend seul à la demeure de ces brigands ; il y pénètre avec assurance , certain de n'y trouver que des criminels tremblans, et déjà enchaînés par ses gardes. Mais son impatience a devancé le temps; et il se voit, seul et sans armes, devant leur troupe libre.
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audacieuse , armée , et à l'instant où elle achevait
4e yociférer encore le serment de sa perte.
Toutefois, à son aspect imprévu tous se lèvent interdits. De son côté, Pierre, comprenant tout son danger, indigné de la désobéissance présumée de ses gardes, et furieux de s'être livré, renferme la violence de ses émotions. Engagé trop avant pour reculer^ il ne se déconcerte point; il s'avance sans hésiter au milieu de cette foule de traîtres , les salue familièrement , et , d'une voix calme et naturelle , il leur dit : Que passant devant leur maison , il Va vue éclairée; quil a pensé quon s'y divertissait^ et quil est venu partager leur joie. Puis aussitôt il s'asseoit, et fait raison à ces assassins, qui , debout autoiu: de lui, ne peuvent d'abord se défendre de boire , à la ronde , à sa santé.
Mais bientôt leurs regards délibèrent, leurs signes d'intelligence se multiplient, ils s'enhardissent; déjà même l'un d'eux s'est penché vers Soukanin, il vient de lui dire , à voix basse : Frère ^ il est temps! Et celui-ci hésitant on ne sait poui> (juoi, achevait de répondre : Pa^ encore; cpiand Pierre qui l'entend, et qui reconnaît enfin les pas de ses gardes , s'élance 4^ ^n siège , renverse ce chef d'un coup au visage , et s'écrie : S'il ri est pas encore temps pour toi y fils de chien^ il l'est pour moi! A ce coup, et à la vue des gardes, les assassins tombent prosternés , ils implorent leuipardon : Qu'on les enchaîne^ a répondu le tennble