CHAPITRE IL
Cependant, cette effroyable exécution semble avoir contenu ce peuple, pendant les dix-sept mois d'absence de son maître; mais il fallait un plus terrible exemple, pour anéantir chez ces barbares tout esprit de révolte , et les arracher à leurs ténèbres , dans lesquelles ils se complaisaient.
Au départ de Pierre, cette conjuration avortée avait assuré pour quelque temps la tranquillité de son empire; une nouvelle révolte de la barbarie le rappelle. Ce sont encore les strélitz; leur cause est si sainte, qu'au dire de leurs prêtres, elle les rendra invulnérables. Ils désertent donc de l'armée; ils marchent en force sur Moscou : leurs complices les y attendent.
Mais tout avait été prévu. Romodanowsky, vieux boyard d'une fidélité inébranlable , d'une volonté inflexible, rude et bizarre dans ses mœurs, et poussant la brutale justice de ces temps jusqu'à l'atrocité , remplaçait le czar ; l'Écossais Gordon et ses douze mille soldats aguerris, disciplinés à l'européenne, Français pour la plupart, et dont la vie , perdue au milieu de ces barbares, ne tenait qu'à celle du réformateur, lui gardaient Moscou.