CHAPITRE IIL
Ce fat alors que la grossièreté de ces temps l'obligea de donner un règlement à cette société. Mais^ d'abord 9 il fallut que^ dans un préambule , il expliquât à ces barbares ce qu'on appelle une réunion dans l'Europe civilisée; puis, comme la plupart des grands hommes, sachant descendre aux moindres détails, dans les premier, deuxième, quatrième et sixième articles, il établit que chacune de ces assemblées sera annoncée par un écri* teau; il décide que tout homme de distinction, noble, officier supérieur, marchand, employé à la chancellerie, et maître ouvrier (c'est-à-dire, surtout charpentier de vaisseau, et maître constructeur), y pourra venir avec sa femme et en sortir à son gré, de quatre à dix heures du soir.
Les troisième et cinquième artides imposent l'obligation de saluer en entrant et en sortant. Du reste , ils veulent que l'hôte , comme la société , soit libre d'aller, de venir, de s'asseoir, de causer, de boire dans les appartemens, dès qu'il les a suffisamment garnis de chaises, de liqueurs et de toutes sortes de jeux.
Le septième article va jusqu'à indiquer la place des domestiques.
C'est par le cinquième que tout contrevenant, est
tenu de vider à l'instant le grand-^dgle y^ gros bocal plein d'eau-de-vie , grotesque punition que l'on retrouve dans les mœurs chinoises ; Pierre inflige ainsi comme peine ce qui jusque-là était un plaisir. On ignore si ce fat pour en dégoûter, ou plutôt afin d'offrir à ces débauchés un attrait de plus pour ces réunions, où leur mélange avec des femmes et d'industrieux étrangers devaient un jour les adoucir et les éclairer.
En même temps qu'il appelle en Russie ces étrangers de tout état, dont il s'est rendu capable d'apprécier le mérite , il pousse hors de la Moscovie , vers l'Europe , une foule de jeunes nobles. Il veut consumer en eux, au foyer même des lumières , le vieil homme russe ; il prétend leur faire apprécier les biens qu'ils repoussent, en les forçant de les connaître.
C'est encore alors qu'il a confié à une administration régulière, composée de marchands choisis, la perception dés revenus de l'État. Jusque-là, elle avait été livrée , par grandes circonscriptions , aux boyards qui la vendaient en détail aux gouverneurs des villes; ce qui établissait un trafic infâme de la fortune publique, et mettait, dans la main de ces traitans armés , tous les pouvoirs.
Un autre ancien usage fixait, à la saison des fruits, le commencement de l'année, comme représentant le commencement de l'univers.
C'était avoir décidé cette question de primogé-