‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 188 sur 359 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

niture de l'œuf ou de la poule , si simple en apparence , mais avec laquelle le bon Plutarque disait , qu on pouvait remuer toute la vaste et pesante machine de la création du m.onde. Pierre veut que la Russie se conforme, ainsi que le reste de l'Europe , à l'ordre du sabéisme , qui , sans être le fond d'une religion toute morale et spirituelle, en a pu du moins régler la forme. Il ordonne donc que le premier join* de l'an date de janvier , de la renaissance ou du retour du soleil.

L'introduction du tabac, dont les prêtres avaient anathématisé l'usage, avait été l'une des principales causes de la révolte des strélitz. Pierre-le- Grand persévère dans cette innovation. Le monopole de ce commerce vendu aux Anglais, avait servi à le défrayer de son voyage, et à attirer dans son pays ces étrangers industrieux. Ce nouvel usage eflacera d'ailleurs un préjugé superstitieux, obstacle de plus entre ses sujets, qu'il voulait rendre marins , et tous les marins de l'Europe.

Mais les czars et les prêtres, jusque-là toujours d'accord et puissans l'un par l'autre , avaient rattaché à la religion la plupart de ces usages. Les prêtres en prennent la défense; et c'est alors que. Pierre les attaque par le ridicule; il parodie, avec la jeunesse qui le suit, leurs coutumes bizarres, intéressées , ou superstitieuses ; il les impose comme ses autres sujets; un ukase défend les vœux avant l'âge de cinquante ans, âge où tous les liens avec

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le monde sont ou form& , ou rompus. Pierre, en diminuant ainsi le nombre des couvens , augmente celui de ses sujets, ses revenus et son domaine. Puis, comme ces prêtres persévèrent et qu'ils remuent tous les esprits, il ne remplacera point leur patriarche mort, ou plutôt il joindra cette tiare à sa couronne, en créant à la place du chef de l'Église un synode , cpii lui jure obéissance.

Toutefois , il marchera dans cette voie toujours épineuse, graduellement , en fondateur. Ce ne sera qu'après vingt ans de délais, pour la réélection d'un nouveau patriarche, qu'il annoncera l'abolition de cette dignité, et seulement après la paix de Nystadt; quand le ciel se sera déclaré pour lui aux yeux de cette foule , pour qui tout succès ou revers vient d'en haut , et qui croit toujours Dieu du parti du plus fort.

Coup d'autorité bien étonnant pour des yeux catholiques, mais qui surprendra moins, quand on se souviendra que les Grands-princes russes avaient été fondateurs, apôtres, martyrs et saints de la religion grecque en Russie; qu'ils devaient donc être considérés par les Russes, comme les chefs d'une religion fondée, conservée, sanctifiée par eux; et que bien plus, dans leur grossière ignorance, ces peuples, abrutis par toutes sortes d'esclavages, confondaient, à peu de chose près. Dieu et le czar dans leur vénération.

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CE^fiNDANT k saperstition ded anciens smirenir»^ celle des habitudes^ celle qu'inspirent les prêtres, agissaient sur Pesprft des nobles. Esclaves , leur résistance est inerte t îh se refusent à servir leur patrie; retirés dans leurs maisons de bois, ils murmurent^ et il Êiut en convenir, dans leurs plaintes contre leur maître, tout est vrai , quoique toutes lie soient pas raisonnables. De quel droit son frère <i4-il incendié leurs titres^ qui assuraient leurs rangs à la cour et dans V armée? quels sont ces prétendus libres de noblesse oii leurs noms sont inscrits? Des listes de proscription pour (pi aucun d^-eux ri échappe aux htzmiliatioris dont on les abreuue! car leur résignation ne suffit plus 1 L' obscurité ri est plus un abri; leftrs esclai^es mêmes sont^reés de dénoncer leur repos. Le despote a imjùLginé un borkeur de tous composé du malheur de chacun; et Hfrait que tout ptoie^ que tout se transforme de^^ant cet imprudentnoi^ateur. Hpousse vers s&n but au traders des cris de douleur de tout un peuple y sans que rien V arrête ou le détourne.

(y est ainsi, quil vient de leur arracher jusqu'à leurs enfrms y pour les infecter de ces sciences impies, inconnues et inutiles à leurs pères; puis, les

forçant au sacrilège y violant la loi de Dieu mêmey qui défendit à Israël toute communicaiion avec ses voisins idolâtres ^ il les pousse hors de leur terre sainte y il les eni^oie au loin dans des contrées pro^ fanes y souiller leur corps et leur âme y par le contact de ces peuples d^ athées y qu'il letir donne pour modèle.

Encore y s'il entourccit de quelques sains ces jeunes hommes; mais non y ils sont lancés y sans précautions y sans surçeillancCy dans des contrées lointaines. Là y tout dépaysés y ignorant la Iqnguedu pays et sans guides y ils s'établissent par bandes dans chaque maison y d'où ils, ne sortent que pour se corrompre y et ne rapporter en Russie y {wecdes vices nouveaux y que quelques arts manuels y appris machinalement et sans vocation.

Qu'attendre y au reste y d'un prince qu'on a vu y dès son enfance y manquer d'égards pour les vieux boyards y repoussant même les hommages accoutumés de la jeune noblesse ! et pourquoi? Pour s enfermer a^ec des hommes de basse exiractiony de vils étrangers y dans son bourg de Prébragenskoïy où Von n'entendait que le bruit des festins et les rugissemens de l'ivresse. , ,

Et ce RomodanowskfTy soij, digne représentant y ai^ec sa douce occupation y sa passion fai^orite de donner la question sur le moindre doute y d'après la plus, légère accusation y pour une inadi^ertance échappée sur le czary dont il grossit journellement

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