LIVRE IX. — CHAPITRE IV
armes n'a point emporté au-deià , ne répugne point à se rapprocher de son ennemi vaincu. Puis, tout aussit^, profitant de ce' premier instant de relâche, que lui donnent les folles intrigues où Goërtz abaisse et plonge son rival, il court eii Danemarck, doù il passe en Hollande. Là, pendant trois mois, il étudie la politique de l'Europe et les progrès des arts et des sciences ; il retourne chez ses premiers maîtres construct^u*s. A ses allures Êanches et simples, si naturelles au génie, cette famille d'artisans ne croit revoir, dans ce ^orieux et puissant empereur assis à leur table avec sa femme , qu'un ancien compagnon charpentier devenu maître comme eux.
Mais ce n'est point assez. La HoUande ne suffit plus à son génie régénérateur; c'est dans la ville capitale 4p toutes les gloires, dans le centre de la civilisation, qu'il veut en apprécier tout le développement. Paris , étonné, le voit et l'admire; dans cette ville, que vient d'élever ai haut Je grand siècle, Pierre parait encore un colosse.
Toujours prête à s'enflammer potir toutes les renommées, même étrangères, elle l'entoure d'hommages. Mais, dès ses premiers pas, le czar a repoussé toutes ces pompes vaines; elles lui cacheraient les choses utiles qu'il veut observer'. Je suis un soldat j répond-il , du pain et de la bière me suf-^
' F. Buchet, Voltaire, Lederc, Levesque, Duclos, Stœlilin, te f^oyageur, le Résident ^ etc.^ et^ui-tout Louville.
fiseni ; je préfère aux grands appariemens les petits. Je ne veux point marcher en pompe y ni fziigtter tant de monde.
Cependant , cette cour si dairvoyaotte^ sî spirituelle et satiriqae, l'observe. Éeoatez ses propres paroles. << Son air est plein de grandeur et d'acH ii dace, comme il convient à un maître absolu; il H a les yeux grands et vifs^ le regard perçant y et u parfois £ux>uclie. Ses mouvemens^ brusques et H précipites , décèlent k violence de ses passions a et Tinipétuostté de son caractère; ses volontés se cf succèdent rapidement^ impérieusement. D con- (f gédie d'un mot, d'un geste, sans souffiîr de coure trariétés de temps, de lieux, de ciftxmstafQces, (c dédaignant parfois jusqu'à la lûenséance même; u néanmoins, avec le Régent et le jeune Roi, il a i< maintenu son rang , en réglant tous s«^ mouve-* i< mens sur les détails d'une étiquette soigneuse et i< fière.
a Au reste, sdon Louville, cette cour a vu en a lui plus de grandes qualités qu'il n'en a de mau** i< vaîses ; ses défauts lui ont paru mécBocres et i( superficiels. Elle a remarqué qu'ordint^-ement w sobre, ce n'est que parfois qu'il est intempérant ce avec excès; que, régulier dans sa vie habituelle, « chaque jour il se couche k neuf heures, se lève à a quatre, et n'est jamais un instant sans travailler; <c qu'aussi, ssdtr-il beaucoup, et paraît plus habile ({ qu'aucun homme de France en marine et en for-