LIVRE IX. — CHAPITRE VIL 4o
Cet autocrate- -se glorifiera-t-il, stirtont, de la richesse constante d'un trésor cpii tenait si mal ses engagemens, que la plupart des étrangers à sa solde cherchaient à se retirer?
Que répondra-t-il à ce gémissement sourd et prolongé, qui semble s'élever encore de chaque maison de Taganrock, de Pétèrsbourg et de ses forts, bâtis par corvées, peuplés par réquisitions? C'est pour les construire que les habitans des villages sont allés se relever par moitié , de six mois en six mois , et que les plus faibles et les plus industrieux n'ont jamais revu leurs foyers.
Ces malheureux, de quelque métier qu'ils fussent, ont été arrachés sans aucune considération à leurs familles, à leurs charrues, à leurs ateliers, à leurs comptoirs , depuis le terrassier jusqu'à l'horloger et à l'orfèvre. Ils se sont rendus à ce long supplice à leurs frais ; ils ont travaillé sans paie. On a forcé les uns de combler des marais , et d'y élever des maisons; les autres, d'y venir subitement établir leur commerce; et tous ces infortunés, les uns surchargés de travaux, les autres tout dépaysés, ont été si mal nourris et abrités , ou établis dans un air si infect , qu'au dire des Russes d'alors, cent mille se sont engouffrés dans ces abîmes.
Écoutez les plaintes des seigneurs et des négocians les plus riches : après avoir exigé d'eux le don de cent vaisseaux , on les a forcés de se. réunir dans ces fanges pour s'y faire construire des mai-
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sùns de pierres ; ils sont encore contraints d y Tenir yivre bien plus chèrement que dans leurs demeures. Et quand le clergé aura protesté à son tour contre ces impôts excessifs mis sur ses popes y sauf à eux à se dédommager sur leurs ouailles, qui s'étonnera de la possibilité de tant de créations^ et de la plénitude d'un trésor qui s'ouvre tant pour recevoir, et si peu pour s'acquitter?
Service personnel , impôt en natuire , impôt en argent, telles furent les trois grandes sources delà puissance de Pierre-le-Grand. On vient d'apprécier l'emploi de la première. Quant à l'impôt en nature et en argent , conmient les cins isolés de tant d'esclaves contribuables si disséminés, eussent-ils percé jusqu'à ce siècle, si l'excès d'un malheur simultané , universel , ne les eût réunis en une seule et vaste clameur, plus forte que le temps et l'espace? C'est elle qui nous a redit les noms de cette foule de taxes imposées sur tout, et à toute occasion, pour la guerre, l'amirauté, les recrues, les chevaux employés aux travaux publics, les fours à briques , à chaux , pour les constructions de Félersbourg , pour la poste , pour les bureaux , pour les dépenses extraordinaires, pour les contributions en nature, pour les réquisitions d'hommes et pour leur entretien, enfin pour les appoiiitemens des employés; et tant d'autres sur l«s moulins, les étangs, les bains, les ruches, les prés, les jardins; çt , dans les villes , sur chaque toise carrée de terre