CHAPITRE IL 4ij
sueurs etr de k vie de ses sujets. A l'entendre ' y ses yeptus mêmes, il les a poussées jusqu'au vice, par l'excès : la justice en 4tti devient cruauté» Qu'on se raj^lle l'hésitation du sénat, quand il s'agissait de coudamner à mort, pour exactions, le voiévode de Kargapol, et ce cri féroce du Tzar : « Eh bien ! ((j'ordonne y moi, qu'il soit écàrtdé, et que ses (( memlo^es, coupés par morceaux, soient distri^^ i< bues à tous les voiévodes, pour leur apprendre à i< être justes, et à ne point ôter le pain et la vie k « mes pauvres sujets , qui ne peuvent se garantir u de leur oppression. >^
Et ici, le cri accusateur cite «icore le supplice horrible de Talitskoî. Ge fanatique imprimeur, se crojant inspiré, a oeé répandre a que le Tzar, par « sa naissance et ses actions, était l'Ânte-Clhrist »• Puis il a fîii jusqu'en Sibérie, mais vainement. On l'a ramené devant son maître* Il semble à celui-ci que pour un tel délit contre sou pouvoir ^ la civilisation, tous les supplices soient usés ou insufiisans : il en imagine un nouveau. On assure que, par ses ordres, dans son propre pakis, qu'à ses jeux méme^ une flamme alimentée par des liqueurs corrosives fut allumée, et que l'infortuné Talitskoî a été attaché au-dessus , jusqu'à ce que ses chairs fussent peu à peu corrodée , ses muscles racornis , et que ses restes encore vivans , tombant
* F^. Lederc , le Voyageur de treize ans, — Manstein.
4i8 LIVRE X.
enfin daiiJB cette flamme infernale^ en eussent été
dévorés.
Qu'mi tel récit ait été envenimé par la haine y il £iut le désirer : mais les ennemis du régénérateur y ajoutent sa dureté trop certaine envers sa première femme; le massacre affreux et avéré des strélitz ; le supplice injuste ei atroce de Glebof , celui de Moens , et tant d'autres traits de férocité.
A cette tarible accusation, l'autre acclamation, composée de voix indigènes et étrangères, répond, que toutes ces imputations sont vraies , mais que c'est aux circonstances à leur donner leur. valeur. EHe cpnvient de la brutalité de ses violences, qu'expliquent assez, ces nécessités de position, l'opinià-treté rebelle de ses sujets, et surtout cet entourage de bassesse, l'esclavage faisant encore plus la tyrannie, que la tyrannie l'esclavage.
Elle rappelle alors, non pour légitimer ses emportemêns, mais pour indiquer l'une de leurs causes , que leur violence fiit souvent indépendante de sa volonté; que, victime de l'ambition .d'une sœur et des révoltes des strélitz , son enfance avait été empoisonnée par la débauche, et même, selon quelques contemporains, par un attentat plus direct.
Souvent alors , ses plus jeunes perceptions , ses sensations les plus tendres, et le repos de ses nuits, furent bouleversés par des horreurs subites : on avait vu la révolte le réveiller en sursaut, le pour-