‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 231 sur 359 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

suivre^ le saisir jusque sur Tautel, et lever sur sa tête un poignard, que Dieu seul ayait pu détourner/De là cette irritabilité nerveuse si dominante, qu'une émotion vive devenait souvent en lui une longue et effrayante convulsion. De là peut-être encore cette heureuse passion pour l'ordre et la discipline; mais aussi cette excessive jalousie de pouvoir; enfin, cette fureur soupçonneuse, féroce, acharnée contre toute apparence de révolte.

Mais c'est alors surtout que cette voix des nouvelles moeurs, s'empressant de rappeler tant d'heureux résultats obtenus, montre l'impuissance des règnes qui précédèrent et suivirent : d'où vint la nécessité de finir en une seule vie, et conséquemment de retourner à la fois, et violemment, toute cette masse moscovite d'Orient en Occident.

Elle ajoute, qu'en révolution comme en guerre, laquelle est aussi im état de révolution , tout se fait avec des sueurs et du sang; que c'est pourquoi tous ces grands hommes de guerre et de politique, n'en ont guère été ménagers , et celui-ci moins qu'eux tous : d'autant plus exigeant pour les autres, qu'il s'épargnait moins lui-même; d'autant plus excessif, qu'il avait un plus grand et un meilleur but; n'y ayant, en général, rien d'outré comme les excès dans les bonnes choses.

Enfin , elle s'écrie que ces hommes gigantesques, ces colosses, sont toujou|:*s taillés en grand et par masses; qu'ils offrent de fortes aspérités; la nature

forte, à la saleté de ses habillemens , et à l'abrutissement de sa continuelle et dégoûtante ivresse'. Ik l'ont TU sans cesse entoiu*é de prêtres ignorans et débauchés; c'étaient là ses plus chers confidens : c'est à eux qu'il promettait l'abandon de tous les travaux de son père, l'exil ou la mort de tous ceux qui l'avaient secondé, la destruction dé Pétersbotirg et de isa marine , et le retour des anciens usages.

De là , sa résistance inerte aux ordres de lear Tzar, et sa désertion de la patrie. Mais enfin, depuis quatre, mois qu'il est de retour, il est déshérité du trône, maudit s'il ose en appeler : le sang de tous ses complices' a coulé; il est captif. N'est-ce donc point assez? De quoi son père , leur souverain absolu, vient-il encore l'accuser?

Leur Tzar parle ■ ; et d'abord , de ce corps grand et robuste, mais déjà voîûté ; de cette figure brunie, et dont les traits aquilins , le regard rude, perçant, et l'expression sévère, sont tous les jours plus vigoureusement prononcés, ils croient entendre sortir une indignation longuement cofncentrée, qui se déborde enfin en imputations, en accusations violentes et accumulées de méchancetés, de parjures, de noirceurs, de pernicieuses intrigues et de pratiques criminelles.

Leur maître s'explique enfin. Us comprennent

* F. Bruce.

■ F, le manifeste du procès , Mémoires du Résident allemand. — ' Levesque, Leclerc, etc., etc.

Page 1