‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 236 sur 359 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les grands ont entendu Taccusation et les aveux du coupable : il est le second de Fempire , celui dont les actions pouvaient être le plus utiles ou le plus préjudiciables; il était un de ses défenseurs , et c'est dans le cours d'une guerre terrible, quand la patrie épuisée de tant de sacrifices, mais près enfin d'en recueillir les fruits, voyait déjà l'Autriche et tout le nord de l'Europe commencer à se réunir contre elle pour les lui arracher : c'est dans cet instant critique, que, trompant son père et son souverain, il s'est déclaré son ennemi, en abandonnant son poste politique et militaire, pour s'aller jeter dans les bras d'une de ces puissances, déjà jalouses de la gloire naissante des Russes.

Ce coupable vient , il est vrai , d'être déshérité de l'empire; mais ses juges se demandent si ce n'est point là un crime digne de mort, devant la justice, qui ne juge que le passé et le présent , commue devant la politique, qui juge aussi l'avenir.

Et réellement, à cette époque de la régénération des Russes, vouloir encore l'anéantir, n'était-ce pas un crime de haute trahison contre la patrie, comme contre leur Tzar.

L'accusateur, le ton de l'accusation , tout con-

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damne d'avance. Mais y s'ils osent prononcer, Pierre exécatera-t>-il ? Ils n'en doutent point. La civilisation de $on peaple est l'œuvre de sa conscience : il y a sacriûéy sœur, fenune, toute une génération, et surtout et nulle fois lui-même ! Et ce n'est plus seulement une pensée de son génie , c'est déjà une création toute vivante et entière ! Eux-mêmes font partie de cette nation nouvelle, composée d'habiles étrangers et de Télite des indigènes.

Et pourtant, c'est au milieu d'elle qu'existe depuis vingt-neuf ans, un être qui la réprouve et la déteste ; il menace même de l'anéantir dans le sang de ces hommes d'élite, accourus de toutes parts sur la foi du régénérateur. Ce rebelle est , il est vrai, l'héritier de l'empire, le fils de leur Tzar; maïs ce Tzar est leur créateur; il est leur père, autant au moins que de cet opiniâtre, que, pendant dix-huit années , il s'est vainement efforcé de convertir.

L'alternative est pressante ! d'une part, une nation son ouvrage ; de l'autre, un fils î De quel côté â-t-il le plus d'engagemens ? qui , de tant d'enfans de son génie, ou de celui de son sang, cfoit l'emporter? Et de ces deux créations, incompatibles par la faute de l'une d'elles, laquelle doit enfin être sacrifiée à l'autre?

En effet , il ne s'agit plus ici d'une renonciation , d'une exhérédation , ou même de vœux forcés. Les aveux d'Alexis viennent d'en prouver l'insuffisance !

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